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La naissance du Grand Schisme d’Occident

Un document exceptionnel

Ce parchemin, conservé dans le fonds du couvent des Célestins d’Avignon, renferme l'argumentaire de cardinaux rebelles invalidant l'élection d'Urbain VI, il est l'acte fondateur du Grand Schisme d'Occident

Grand parchemin doté de 13 sceaux pendants rouges en navette

Un parchemin au cœur du Grand Schisme d’Occident

PDocument ancien sous vitre, une main munie d'une petite lampe éclaire un détail

Parchemin sur le Grand Schisme d'Occident présenté dans l'exposition "Mon Trésor" à Memento

Ce document exceptionnel témoigne d’un moment décisif de l’histoire de l’Église.

Conservé dans le fonds du couvent des Célestins d’Avignon, ce document est l'un des très rares exemplaires originaux de l’argumentaire d’une décision, prise par treize hommes, qui a bouleversé le monde chrétien pendant près de 40 ans, en provoquant le Grand Schisme d’Occident, entre 1378 et 1417, pendant lequel deux lignées de papes ont coexisté, à Rome et à Avignon, chacune d’entre elles étant reconnue par une partie de l’Europe.

Ce parchemin porte encore, quasi intacts, pendant à des lacs de soie verte, les douze sceaux des cardinaux signataires de la déclaration solennelle invalidant l’élection du pape Urbain VI, ainsi que celui du camérier de l’Église, Pierre de Cros. On y voit, dessinés à l’encre, les seings manuels des trois notaires ayant mis en forme l’acte, ainsi que ceux, autographes, de plusieurs cardinaux, précédant leur confirmation personnelle de la véracité des faits exposés.

Grand parchemin doté de 13 sceaux pendants rouges en navette

Manifeste des cardinaux du 2 août 1378 proclamant l’invalidité de l’élection de l’archevêque de Bari comme pape sous le nom d’Urbain VI (Arch. dép. Vaucluse 19 H 64/2)

Le parchemin se dévoile aussi dans la visite virtuelle de la chapelle de Benoît XII

Le manifeste des cardinaux du 2 août 1378

Peinture polychrome

Arrivée de Grégoire XI et de ses cardinaux à Rome

En 1378, sous la pression de la foule romaine, l’élection d’Urbain VI plonge l’Église dans une crise sans précédent. Quelques mois plus tard, les cardinaux contestataires élisent un second pape : le Grand Schisme d’Occident est né.

Le 27 mars 1378, le pape Grégoire XI, parti d’Avignon en septembre 1376 afin de rétablir le Saint Siège dans sa résidence d’origine, meurt à Rome. Dans la crainte d’un retour à Avignon, la population romaine manifeste vivement son exigence du choix d’un pape italien. Les 16 cardinaux présents se préparent à un conclave rapide sans attendre les autres membres du Sacré Collège. Quatre sont italiens, les douze autres forment le parti des Français avec Robert de Genève et l’Aragonais Pedro de Luna.

Tous voulant éviter le péril de mort, ils évoquèrent à la hâte et sans aucune discussion sur ses mérites, le nom de l’évêque de Bari Bartolomeo. Comme ils le connaissaient bien, ils le croyaient très au fait des pratiques et coutumes de la Curie, ce que l’expérience ultérieure démentit pleinement, ils l’élurent pape.

Très vite, des tensions naissent entre le nouveau pontife autoritaire, Urbain VI, violent et maladroit, et les cardinaux. Repliés à Anagni, les cardinaux ultramontains rédigent un long manifeste en forme de récit pour proclamer l’invalidité de l’élection de Bartolomeo Prignano, choix malheureux auquel ils témoignent avoir été contraints par la peur de la foule romaine déchaînée.

« Et moi Robert de Genève, Cardinal Prêtre au titre de la Basilique des Douze Apôtres, j’affirme en conscience que toutes et chacune de choses mentionnées telles quelles sont écrites sont vraies et en témoignage de celles-ci j’ai apposé mon seing manuel sur ce document et je l’ai scellé de mon sceau ».

Mis en forme par un notaire, le témoignage des 12 cardinaux est lu à haute voix devant Jean de la Grange, Cardinal au titre de Saint Marcel qui n’a pas participé au vote, Jean, évêque de Genève, deux clercs de la chambre apostolique et un prieur bénédictin. Et chacun à tour de rôle confirme sa véracité. Le 20 septembre, réunis en conclave à Fondi avec les cardinaux italiens, les cardinaux rebelles choisissent parmi eux un nouveau pape, Robert de Genève couronné sous le nom de Clément VII.

Ainsi naît le Grand Schisme d’Occident entre Rome et Avignon où Clément VII s’installe en 1379. Élu en 1394 sous le nom de Benoît XIII, Pedro de Luna contraint de fuir Avignon assiégé en 1403, réfugié à Peñiscola, ne renonça jamais à se déclarer le Pape légitime jusqu’à sa mort en 1422.

Le Concile de Constance mit fin officiellement au schisme le 11 novembre 1417 avec l’élection de Martin V.

  • Portrait monochrome d'un pape arborant sa tiare

    Portrait du pape Urbain VI

  • Peinture polychrome du pape

    Portrait de Clément VII

  • Peinture polychrome du pape en tenue d'apparat, tiare sur la tête, en train de bénir

    Portrait de Benoît XIII (antipape) sur le retable de Cinctorres (XVe siècle)

  • Peinture polychrome du pape en tenue d'apparat en train de prier

    Portrait du pape Martin V

  • Réunion des savants, évêques, cardinaux et du Saint-Père Jean XXIII (antipape) dans la cathédrale de Constance, vers 1460-1465