Vaucluse, terre d'archives

Si aujourd'hui la production archivistique en Vaucluse diffère peu de celle des autres départements français, l’histoire y trouve ses sources écrites très haut dans le temps, et partout sur son territoire dès la période médiévale.

Des archives depuis le haut Moyen Âge

Sceau de Pierre Ferrici, auditeur des causes du Sacré Palais, "juge et exécuteur" de la bulle de novembre 1465, 18 décembre 1465. Arch. dép. Vaucluse 8 G 5.

La dizaine de documents les plus anciens conservés dans les archives de Vaucluse remonte à l’extrême fin du IXe siècle et aux premières années du Xe ; ce n’est qu’au XIe siècle que l’on commence à trouver des actes en plus grand nombre dans les chartriers ecclésiastiques et quelques fonds de familles, avant le développement des XIIe et XIIIe siècles où le parchemin est encore le seul support de l’écrit.

Le renouveau des études juridiques, l’influence du droit civil romain et la diffusion du droit canon autour de foyers et d’écoles comme l’abbaye de Saint-Ruf, les chapitres cathédraux, ou les cours consulaires et comtales, l’essor de la clientèle urbaine vont de pair avec la multiplication des chartes, arbitrages et autres documents de la pratique administrative et juridique, produits par toute une société de juristes, avocats et notaires, au service des puissants et des possédants.

Pour expliquer la richesse de la production archivistique vauclusienne du XIVe siècle, on peut évoquer l’influence favorable de la présence de la cour pontificale à Avignon, devenu le centre du monde chrétien, dans le développement de l’économie et de la société urbaine, comme dans l’accroissement du patrimoine des institutions religieuses du territoire ; mais il ne faut pas oublier la diffusion de plus en plus répandue de l’usage du papier en Provence, prouvé à Marseille dès le milieu du XIIIe siècle.

Des archives sur tout le territoire vauclusien

Registre de délibérations de la commune de Venasque, 1389-1538 (Arch. dép. E depot Venasque BB 15)

Archives des communes

Les archives sont liées à l’exercice du pouvoir et à la preuve des droits. Naturellement présentes dans la pratique administrative, elles accompagnent la gestion de la « chose commune ». En Provence ou en Comtat, héritier de la vitalité urbaine remontant à l’époque romaine et de la puissance des consulats qui régissent villes et campagnes dès le XIIe siècle, le pouvoir communal, quasi autonome au XIVe siècle, constitue des fonds encore conservés aujourd'hui : 73 des 151 communes de Vaucluse ont des archives avant 1500, et 40 d’entre elles avant 1300.

Minutes et répertoires des notaires

Conseillers et rédacteurs des actes des seigneurs et des villes, ou officiers publics investis par l’autorité la plus haute, empereur, comte de Provence et plus tard pape, les notaires reçoivent le pouvoir d’authentifier par leur seule « signature » les actes privés des particuliers. L’institution notariale apparaît très tôt en Provence, dès le milieu du XIIIe siècle, et se développe très largement dès le siècle suivant, pour couvrir l’ensemble du territoire d’une multitude d’études, dont la production, continue pour certaines sur six ou sept siècles, constitue aujourd'hui en Vaucluse un des plus riches fonds de France.

Plus de 5800 mètres linéaires sont conservés à Memento, remontant aux premières années du XIVe siècle, qui permettent à chacun d’enrichir sa généalogie et son histoire familiale ou domaniale comme l’histoire sociale et religieuse, celle des mentalités comme celle des arts, la connaissance des mécanismes d’échanges commerciaux et de transmission, la diffusion des sciences et des techniques… les champs d’exploitation des registres notariés sont nombreux et très diversifiés. Actes d’acquisitions et de ventes, testaments, contrats de mariage, inventaires après décès, mais aussi contrats commerciaux ou de nolissage, prix-faits et contrats d’apprentissage… les minutes des notaires constituent d’ailleurs la source originale la plus consultée en salle de lecture des Archives départementales de Vaucluse.

Cour ordinaire de Bollène, 1657 (arch. dép. Vaucluse B 1613)

Papiers de justice d’Ancien Régime

Plus de 750 mètres linéaires d’archives proviennent des anciennes cours de justice, et témoignent de la diversité des institutions dans le cadre géographique de plusieurs états politiques qui se sont partagé le territoire actuel de Vaucluse.

  • Juridictions pontificales, centrales comme cour temporelle dite de Saint-Pierre, tribunal de la Rote à Avignon, Chambre apostolique ou cour conservatoire des privilèges à Carpentras, ou judicatures majeures de Carpentras, Valréas et L’Isle dont relevaient plus de 80 cours réparties sur le territoire
  • Juridictions royales (plus d’une quarantaine dans la partie provençale du Vaucluse actuel) relevant des vigueries d’Apt et d’Aix-en-Provence, ou de la sénéchaussée de Forcalquier, comme des terres adjacentes de Provence (principauté de Mondragon et seigneurie de Sault).
  • Parlement de la principauté d’Orange, soumis au gré de la politique territoriale des rois de France.

Plans des jardins du château de Caderousse appartenant au duc de Gramont, XVIIIe siècle. Arch. dép. Vaucluse 2 E 9/399

Fonds privés

Plusieurs fonds de grandes familles illustrent à la fois les saisies révolutionnaires, liées à la saisie des biens des émigrés, et l’action de collecte des archivistes, comme le fonds des Galéan de Gadagne, dont une partie fut confisquée en 1796 et fut complétée par un don quelques décennies plus tard, ou encore le fonds du duché de Caderousse, saisi puis restitué sous la Révolution et enfin remis aux Archives départementales en 1900.

Plan du terroir du duché et terroir de Gadagne, 1781. Arch. dép. Vaucluse, 36 J 248

Bien d’autres fonds, plus ou moins volumineux, complètent un tableau toujours en évolution des papiers de familles et de seigneuries, dont l’intérêt pour l’histoire du département est notable. L’état des fonds en ligne, à actualiser en permanence, s’en fait l’écho auprès des chercheurs.

Parmi les fonds d’origine privée, un ensemble mérite une attention particulière en Vaucluse, celui des archives d’entreprises, car il peut surprendre dans un département dont l’industrialisation contemporaine est faible, mais dont l’activité de production a été importante autour des nombreux cours d’eau du département, force motrice majeure avant les machines à vapeur.

Si les sources directes, faute de collecte aux lendemains de l’extinction progressive de ce paysage industriel, ne rendent malheureusement pas assez compte des activités lainières ou papetières qui régnaient en Vaucluse encore au XXe siècle grâce à l’héritage des anciens moulins et foulons, on trouve néanmoins dans les archives du département plusieurs fonds importants collectés soit par les archivistes eux-mêmes, soit par l’Association de promotion du patrimoine industriel en Vaucluse (ASPPIV).

Un bel ensemble d’entreprises ayant travaillé sur la confiserie et autres « bonbons » a été mis en valeur par plusieurs instruments de recherche disponibles en ligne ou en cours de réalisation. On y trouve la fabrique Eysseric de berlingots, la réglisserie Florent ou la miellerie Alphandéry.