Les Archives départementales de Vaucluse ont développé un partenariat avec l’École nationale des chartes. Les étudiants en master « Humanités Numériques » ont créé, grâce à l’Intelligence Artificielle, une cartographie des cartes postales de Vaucluse.

Créer des partenariats

Présentation des résultats par les étudiants à la fin de la semaine Hackathon
En janvier 2026, les Archives départementales de Vaucluse ont souhaité participer à la semaine Hackathon organisée chaque année par l’École des chartes. Un hackathon est un rendez-vous plus ou moins long, d’un weekend à une semaine, entre spécialistes du numérique et de l'informatique. L’objectif est d’obtenir, à la fin du temps imparti, un résultat répondant à une problématique posée en début d’hackathon.
Ce projet est très formateur pour les étudiants.
L’École nationale des chartes est l’un des établissements qui forment des archivistes. Elle propose un master « Humanités Numériques », dont le principe est de développer des compétences numériques pour la recherche en sciences sociales, littératures et art.
C’est la raison pour laquelle les Archives départementales de Vaucluse ne voulaient pas passer à côté de l’opportunité de créer un partenariat avec l'École.
Présentation du projet

Carte postale de Beaumont-les-Pertuis (Arch. Dép. Vaucluse 7 FI 14/2)
Les Archives départementales ont constitué au fil du temps un fonds de cartes postales de Vaucluse. Cette collection continue de s’accroître. Le fonds s’est constitué grâce à des dons réguliers de particuliers et d’institutions, à des envois provenant de différents services d’archives communales et départementales, à un lot remis par la bibliothèque Forney (Paris), ainsi qu’à quelques achats. Cette accumulation explique parfois la multiplication de cartes représentant le même lieu.
L’instrument de recherche, l’outil qui permet aux archivistes d’inventorier les documents appartenant à un même fonds, se décompose de la sorte : sous chaque commune de Vaucluse, un plan thématique permet de regrouper les cartes par lieux, types de bâtiments et scènes représentées. Le fonds total regroupe 2928 cartes postales, à ce jour. Les photographies des paysages de Vaucluse représentent le territoire à différentes périodes historiques, entre 1900 et 1985, ce qui permet d’offrir un panorama vaste et varié de Vaucluse. La mise à disposition de ce fonds sous la forme d’un inventaire pourrait être retravaillée afin de proposer une découverte du territoire plus ludique et élégante. Les possibilités de développement autour de cette typologie documentaire sont multiples, et les Archives ont choisi la carte.
L'objectif était simple : permettre au public de cliquer sur une commune, un lieu ou un monument pour faire apparaître la carte postale correspondante, son image et ses informations associées. En pratique, il a fallu construire une chaîne de traitement en plusieurs étapes.

Premier prototype d’affichage des cartes postales par les étudiants
Quand l’intelligence artificielle aide les archives
Un modèle d'intelligence artificielle de vision-langage, Qwen3 VL, a d'abord aidé à lire le texte imprimé sur les cartes et à proposer une localisation selon trois niveaux de précision : commune, lieu-dit et monument. Il a fallu ensuite normaliser ces informations et tenter de les consolider à l'aide de bases de données publiques comme Mérimée et TOPO, complétées par de la recherche web automatisée. En parallèle, il a fallu écumer le site des archives pour récupérer les métadonnées disponibles – précieuses étant donné qu'elles sont le fait d'experts. Enfin, il a fallu construire une boucle de géoréférencement et forger la carte avec des outils dédiés (Nominatim et Folium).
Le prototype présenté à l’issue du hackathon a été évalué sur 84 cartes postales annotées manuellement, afin de les comparer aux résultats de la machine. Il a montré des résultats encourageants : environ de 10 % d'erreur pour la commune et le lieu-dit, un peu plus de 20 % pour les monuments, qui restent le niveau le plus délicat.
Rappelons qu’un modèle d'IA n'est pas infaillible. Il peut « halluciner », c'est-à-dire proposer une information plausible mais fausse : confondre un texte sur l'image (l'imprimeur notamment) avec le lieu représenté, inverser une commune et un lieu-dit, ou ne restituer qu'une partie d'un édifice. Pour limiter ces erreurs, il a fallu mettre en place plusieurs garde-fous. D'abord, pour la commune, les métadonnées du site des Archives étaient privilégiées, plutôt que la prédiction du modèle. Ensuite, pour le géoréférencement fin, il a fallu appliquer une condition de distance, en écartant le point proposé s’il se trouvait à plus de 20 kilomètres du centroïde de la commune.

Premier prototype de la cartographie réalisée par les étudiants.
Du prototype à la carte interactive
Depuis, le chantier a continué. La chaîne a été reprise, consolidée et enrichie jusqu'à produire une carte complète de 2 779 points géolocalisés. Elle permet aujourd'hui de naviguer par décennies, de regrouper les résultats pour une consultation plus fluide, d'ouvrir des fenêtres illustrées et d'accéder directement aux notices des archives. Le résultat n’est pas parfait, et la géolocalisation peut encore être améliorée.
Tous les scripts, la documentation, le benchmark sont disponibles sur un dossier GitHub dédié : vaucluse. Et la carte, sur le site des Archives ! Cette carte a ensuite été développée par le service informatique du Département afin de la rendre accessible depuis le site internet.
Participants
Garnier Mathias : étudiant en M1 Humanités Numériques à l'ENC.
Létoffé Maxime : étudiant en M1 Humanités Numériques à l'ENC.
Rivière Mathieu : étudiant en M1 Humanités Numériques à l'ENC.
Vidal-Gorène Chahan : responsable du master Humanités Numériques à l'ENC.





