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La fresque de Frédérique Duran

Une mise en lumière les nuits des commémorations

À compter de novembre 2026, la fresque de Frédérique Duran, présentée de manière permanente à l’étage du musée, sera mise en lumière les soirs de commémoration.

Fresque murale en duralinox représentant des victimes de la 2nde Guerre mondiale

Un nouveau rendez-vous pour honorer la mémoire collective

En 1990, à l’occasion de l’inauguration du musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 : L’Appel de la Liberté, l’artiste et résistante vauclusienne Frédérique Duran crée une œuvre monumentale sans titre, exposée de manière permanente au premier étage du musée.

À partir du 20 novembre 2026, date anniversaire du début du procès de Nuremberg en 1945, cette œuvre sera mise en lumière à l’occasion de différentes dates commémoratives valorisant, à l’échelle locale comme nationale, les actions de Résistance. Une nouvelle occasion pour le musée de réaffirmer son engagement en faveur de la transmission de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de la mémoire des évènements qui ont marqué le Vaucluse et la France.

Une fiche explicative mettant en avant les dates de commémoration par mois sera affichée devant le musée afin que chacun puisse comprendre le sens de cette mise en lumière de la fresque de Frédérique Duran.

L’éclairage de l’œuvre de Frédérique Duran, visible depuis le chemin de la Fontaine, situé en face du musée, s’inscrit dans une démarche mémorielle forte, visant à perpétuer le souvenir des engagements résistants et à rendre hommage aux femmes et aux hommes qui, par leur courage et leur détermination, se sont opposés à l’oppression sous toutes ses formes.

Au-delà de sa portée symbolique, cette mise en lumière entend contribuer directement à la reconnaissance et à la valorisation des actions de Résistance conduites à l’échelle locale et nationale dont l’histoire constitue un pan essentiel et indissociable de la mémoire de notre territoire. Ce projet permet d'ancrer le souvenir de grands événements qui ont marqué non seulement la Résistance, mais également les combats, les engagements et les tournants majeurs de la Seconde Guerre mondiale.

En voici quelques exemples :

  • 7 décembre 1941 : création du maquis Ventoux à Sault par le Colonel Beyne « d’Artagnan » et Max Fisher « Anatole », marquant l'organisation précoce de la lutte clandestine locale ;
  • 20 janvier 1942 : conférence de Wannsee durant laquelle les nazis décident l’extermination systématique de tous les Juifs d’Europe (« Solution finale »), illustration tragique de la barbarie contre laquelle se dressera la Résistance ;
  • Nuit du 1er au 2 janvier 1942 : parachutage historique de Jean Moulin dans les Alpilles, près d’Aureille (13), étape clé pour l'unification des mouvements de Résistance en France ;
  • 19 août 1944 : attaque de la 11e Panzer Division et tragédie du groupe FRANCE LORRAINE à Coustellet, où 12 résistants ont héroïquement perdu la vie ;
  • 20 août 1944 : entrée de la 3e Division d’Infanterie américaine en Vaucluse par le pont de Mirabeau, date historique marquant le début officiel de la Libération du territoire.

Par cette initiative mémorielle,

le musée réaffirme avec conviction sa mission fondamentale de transmission, de pédagogie et de préservation de la mémoire collective. En inscrivant cet hommage au cœur de l’espace public, il entend faire vivre l’héritage de la Résistance et transmettre l'histoire de la Seconde Guerre mondiale auprès des générations présentes et futures, afin que le souvenir des engagements et des combats pour la liberté demeure vivant.

À propos de l’artiste

Portrait en buste d'une dame âgée, cheveux courts blancs, lunettes et veste rose poudrée.

Frédérique Duran, chez elle, au Moulin des bouillons à Gordes.

Frédérique Duran est une artiste et maître-verrier, née le 24 janvier 1921.

Refusant l'exclusion des étudiants juifs à l'université, elle s’engage dans la Résistance dès le début de la guerre et aide certains d'entre eux à passer la frontière vers l'Espagne. En 1942, elle rejoint Marseille, où elle est engagée dans la Résistance en tant qu’agent de renseignements. Elle est arrêtée le 1er mars 1944, incarcérée à la prison des Beaumettes de Marseille puis libérée en août 1944.

Après la guerre, elle participe à la création de « Travail et Culture », une association dont le but est d’amener l’Art dans les usines avec des expositions et des conférences. Elle-même devient par la suite artiste. Ses supports artistiques sont multiples : papier, toile, bois, duralinox et verre, autant de matériaux servant de base à des créations qui se répondent jusqu’à former, dans une diversité foisonnante, une œuvre totale, globale et indissociable.

Quand le métal se souvient ...

La fresque de Frédérique Duran

Une hypothèse de lecture de Laurence Lamy, conservatrice en chef du Patrimoine, pour le musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 : L'Appel de la Liberté.

Sur la mezzanine, dans le hall à verrière du musée, une œuvre impose le silence.
Créée en 1990 par l’artiste Frédérique Duran au musée du Vitrail - Moulin des Bouillons, à Gordes, cette fresque monumentale habille la paroi droite de la passerelle. Elle mesure environ 7,5 mètres de long sur 3,5 mètres de haut et surplombe une partie de l’ascenseur et de l’escalier central, en résonance avec l’Icare de Matisse.

Elle est réalisée en duralinox, un alliage malléable à base d’aluminium, de cuivre et de magnésium. L’œuvre évoque la Seconde Guerre mondiale et le sort des populations juives persécutées par le régime nazi. Par sa force expressive, elle constitue un témoignage artistique puissant : elle invite au recueillement et rappelle la nécessité de transmettre la mémoire des persécutions et des victimes de la guerre.

Une œuvre en pages ouvertes

Fresque murale en duralinox représentant des victimes de la 2nde Guerre mondiale

Détails de la fresque de Frédérique Duran.
1990, duralinox
Collection du musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 : L'Appel de la Liberté

Des panneaux courbes au fond noir fusain, des silhouettes, des reflets métalliques...

L’œuvre est un ensemble mural qui se déploie en plusieurs panneaux courbes, presque en paravent ou en pages de livre ouvert. Leur fond noir, traité en frottis comme du fusain ou de l’encre sèche, laisse affleurer le support par endroits. Sur cette nuit charbonneuse sont fixées des silhouettes découpées dans le duralinox brossé, en relief. Sans visage ni détail, elles ne conservent qu’un reflet métallique.

Une œuvre en cinq temps

Le regard est d’abord happé par une longue colonne verticale de 17 têtes en duralinox, empilées du haut en bas du premier panneau. Les profils arrondis se chevauchent comme une grappe ; certains, légèrement inclinés, donnent l’impression d’une masse en mouvement. 16 d’entre eux sont entaillés de quelques encoches seulement, pour le front, le nez, la bouche, sans regard ni expression. Presque identiques, ces visages sont pourtant tous différents. Au sommet de la colonne, une tête fait exception : elle seule possède un œil et une chevelure. Cette multitude anonyme évoque les convois de déportés, entassés, réduits à un nombre, tout en rappelant que chaque tête est celle d’une personne.

L’individu qui émerge de la masse

C’est la seule figure qui n’a pas encore été effacée. Elle rappelle que chaque déporté avait un visage, une histoire, une identité avant d’être réduit à un numéro. Seule figure à regarder, elle est aussi la seule à pouvoir croiser le regard du visiteur. Elle le prend à témoin et fait de lui le destinataire d’une mémoire à transmettre. Les cheveux, rasés à l’arrivée dans les camps, renvoient à l’humanité et à l’identité arrachées. Cette tête serait celle d’avant la déshumanisation, ou d’une personne qui refuse de s’y réduire.

L’adieu

Deux grandes silhouettes se font face, presque front contre front. L’une est plus anguleuse, l’autre plus arrondie. Elles évoquent une séparation ou un dernier échange.

La menace

Plus loin, des silhouettes recroquevillées, couchées ou imbriquées forment des groupes enchevêtrés : des corps serrés qui se soutiennent ou s’écrasent. Au-dessus d’eux, de longues lames pointues, tournées vers le bas, font peser une menace.

Fresque murale en duralinox représentant des victimes de la 2nde Guerre mondiale

Détails de la fresque de Frédérique Duran.
1990, duralinox
Collection du musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 : L'Appel de la Liberté

L’étoile et les corps

Une étoile à six branches, l’étoile de David, occupe le haut à gauche du panneau suivant et désigne explicitement la persécution des Juifs et la Shoah. En dessous, une figure est jetée à terre, bras et jambes écartés. À droite, un amas de corps d’enfants, allongés, enchevêtrés, la tête baissée, semble tomber ou gésir.

Fresque murale en duralinox représentant des victimes de la 2nde Guerre mondiale

Détails de la fresque de Frédérique Duran.
1990, duralinox
Collection du musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 : L'Appel de la Liberté

La veillée

Dans le dernier panneau, une haute silhouette lisse se tient debout et pose la main sur la tête d’un corps étendu, aux jambes repliées : on pense à une veillée funèbre, à une pietà. Face à elles, à gauche, se dresse une grande forme rigide et géométrique, faite d’angles, de blocs et d’une barre horizontale en croix. Elle peut figurer l’oppresseur, une machine, l’appareil du pouvoir ou une arme.

Fresque murale en duralinox représentant des victimes de la 2nde Guerre mondiale

Détails de la fresque de Frédérique Duran.
1990, duralinox
Collection du musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 : L'Appel de la Liberté

Le contraste structure l’œuvre.

Les formes organiques et arrondies sont les victimes. Les formes anguleuses, géométriques et pointues incarnent la violence, la machine répressive et la menace. Le fond noir et charbonneux rappelle la nuit, la cendre ou l’effacement. Le métal brillant, froid et anonyme évoque à la fois la mémoire gravée et la déshumanisation.

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