
Au fil du temps
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Découvrez l’histoire de la lavande en Vaucluse, de sa culture à sa distillation, à travers les archives départementales.

Il suffit d’un bouquet de lavande pour qu’il vous soit parlé, et en un langage d’une étrange densité, de ces libertés essentielles qui sont le charme de ces hautes terres de Provence.

Cueillette de la lavande au Mont Ventoux, [avant 1920] (Arch. dép. Vaucluse 7 FI 152/81)
Le canton de Sault, les montagnes de Lure et de Lagarde, et le Mont Ventoux ont pour point commun d’être des terres propices à la pousse de la lavande. De la famille des labiées, il en existe plusieurs types, la lavande vraie, le lavandin, la lavande papillon, l’aspic, etc. Toutes ces plantes sont appréciées par les agriculteurs de notre région. Si la lavande est autant présente dans nos paysages, c’est parce qu’elle peut survivre à de longues périodes de sécheresse : en effet, elle transpire peu et draine l’eau d’un sol rocailleux. Pour elle, un été pluvieux est un été catastrophique.
Les années 1920 furent saluées comme l’âge d’or de l’exploitation des lavanderaies, ces champs bleus et violets qui s’étendent à perte de vue. À Sault, la qualité de la lavande plaît, et les lavandiculteurs ne tardent pas à s’installer en Vaucluse pour distiller les plantes.
La coupe des fleurs de lavande a généralement lieu entre mi-juillet et mi-août. Dans les fonds d’archives de la commune de Sault, il est possible de consulter des extraits de délibérations du conseil municipal concernant les adjudications de la lavande à l’approche de cette période. La vente aux enchères était l'occasion, pour les distillateurs, les cultivateurs et les maraîchers de s’approvisionner en lavande. Une manière pour la commune de contrôler l’exploitation de la plante. Le maire devait faire connaître au plus tôt les prix et la période de vente, généralement autour de juin.
Une fois collectées, les fleurs étaient souvent transformées en huile essentielle.

Adjudication de fleurs de Lavandes à Sault, 1906 (Arch. dép. Vaucluse E DEPOT ANSOUIS 132)

Plantes sauvages médicinales des tableaux didactiques muraux de l’école primaire des Grands Cléments, 1969
(Arch. dép. Vaucluse 1718 W 19-107)
Les essences odorantes s’accumulent sur toute la plante, mais elles sont particulièrement abondantes dans les fleurs. Elles peuvent être extraites par solvant ou par distillation.
Par extraction au solvant, on obtient d’abord la « concrète de lavande ». Il s’agit d’une matière première naturelle fraîche. La concrète se présente sous la forme d’une pâte. Puis,dans un second temps, on obtient « l’absolue de lavande » grâce à la purification à l’alcool de la concrète.
Par distillation, les fleurs sont d’abord plongées dans l’eau bouillante, et grâce à la vapeur, les cellules contenant l'essence se dilatent et éclatent. Ce qu’elles contiennent est alors entraîné par la vapeur d’eau. Cette vapeur est ensuite refroidie et condensée dans un réfrigérant. Dans un essencier, on peut séparer l’eau de l’huile, car cette dernière est plus légère que l’eau. L’étape de refroidissement demande beaucoup d’eau, et c’est certainement la raison pour laquelle de nombreux distillateurs se sont installés à Sault, le long de la Nesque, ou à Aurel, sur les nappes phréatiques du cours d’eau.
Utilisées sous leurs diverses formes, les fleurs de lavande parfument les huiles, les plats salés et sucrés, les boissons et le paysage provençal.
L’huile présente plusieurs vertus :
• En parfumerie de luxe, elle offre une fragrance envoûtante ;
• En soin, elle possède des propriétés antimicrobiennes et cicatrisantes ;
• Pour la santé, elle aide à dégager les voies respiratoires et à soulager les rhumatismes.

Plan cadastral napoléonien, 1816 (Arch. dép. Vaucluse 3 P 2/123)
La présence de la distillerie de Sault remonte bien avant la création du cadastre napoléonien, où elle apparaît déjà au lieu-dit « La Sérène », dans l'état de section G, parcelle 134.
Nous sommes en 1816. Près d'un siècle plus tard, la famille de celui qui deviendra en 1919 le colonel Marie, s’occupe de cette distillerie.
Dans un fonds entièrement constitué de plaques de verre, on retrouve des photos de la famille Marie. À cette époque, celle-ci utilise deux alambics : la maquette du premier alambic a été créée par Joseph Marie, le père de Félix Marie. Il est l’un des pionniers de la distillation par la vapeur.
Le lien entre Sault et la lavande reste toujours aussi vivace. Plusieurs distilleries y ont vu le jour, et les rues du village portent fièrement le nom de cette plante emblématique. Chaque année, le 15 août, les habitants célèbrent leur fleur fétiche à l’occasion de la traditionnelle Fête de la Lavande, un rendez-vous incontournable pour les amateurs de cette plante aux mille vertus.

Léontine Boy, Paul Raymond, Gabrielle Marie (sœur du colonel Félix Marie) et Mlle Regina à l’arrière de la distillerie, 1902
(Arch. dép. Vaucluse 30 Fi 289).
• Bonnefoy (Jean-Pierre), Lavande, voyage en pays bleu, Avignon : Barthélémy, 1997 (Arch. Dép. BIBLIO 3081)
• La lavande au pays de Sault, éditeur commercial, 1976 (Arch. Dép. BR XIII 15)

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