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Le palais de Clément V à Malaucène, joyau disparu

Clément V, premier pape avignonnais, fait bâtir un palais dans la vallée du Groseau à Malaucène. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?

Citation

En archéologie, l’absence de preuves n’équivaut pas à une preuve d’absence.

"Le Jardin de mes délices"

Peinture polychrome où dominent els verts et rouge, le pape porte une mitre et une clef dans sa main gauche

Le pape Clément V dans la chapelle des Espagnols à Florence

C’est au cœur de la vallée du Groseau, à Malaucène, que le premier pape avignonnais, Clément V, avait choisi d’édifier un palais, dont il ne reste aujourd’hui plus aucun vestige. En 2016, le Service départemental d’archéologie de Vaucluse a eu l’occasion de partir sur ses traces.

Au début du XIVe siècle, Clément V fait du monastère de Notre-Dame-du-Groseau, à Malaucène, son lieu de villégiature privilégié, au point que dès 1309, il choisit d’y faire construire un palais. Le souverain pontife l’appelle « Jardin de mes délices ».

De ce palais, tout comme du monastère qui accueillit le premier pape avignonnais, il ne reste aujourd’hui rien. Joseph-Marie Suarez, évêque de Vaison, le décrit comme « ruiné » dès 1658 et seule la chapelle de Notre-Dame, classée aux Monuments Historiques en 1862, persiste encore dans la vallée du Groseau. Comment alors retracer son histoire ?

Quand la documentation historique guide l'archéologie

Détail de la feuille 2 "Section F dite du Groseau" des plans parcellaire du cadastre napoléonien de Malaucène (Arch. dép. Vaucluse 3 P 2/69-14)

Le Service départemental d’archéologie de Vaucluse en charge de l'opération de prospection, procède à une étude documentaire au préalable.

En 2016, l’Association de Sauvegarde du Patrimoine de Malaucène (SPAM) procède au dépôt volontaire d’une demande de prospection auprès du Service régional de l’archéologie (SRA). C’est le Service départemental d’archéologie qui va conduire cette opération, sans fouille et sans sondage, de prospection électromagnétique des parcelles environnantes à la chapelle du Groseau, dans l’espoir d’identifier, dans le sol du terrain, d’éventuelles anomalies pouvant indiquer la présence de fondation de ces bâtiments disparus.

Cependant, avant l’intervention, il convient de procéder à une étude documentaire historique. L’indispensable plongée dans ces documents d’archives permet aux archéologues d’identifier les possibles points d'intérêts sur le terrain, ainsi que les éléments qui leur permettront de plus facilement reconnaître et appréhender les vestiges qu’ils pourront découvrir.

C’est grâce à ces recherches que nous savons aujourd’hui que la construction du palais a été confiée à l’architecte – maître d’œuvre Jean de Plaisance, déjà apprécié de Clément V depuis des travaux qu’il avait réalisé à Avignon, et que le projet a représenté entre 10 000 et 13 000 florins, soit environ 35 kg d’or (de quoi concevoir les dimensions de l’édifice). Le manuscrit de l’abbé Guinier, Histoire de Malaucène depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours (1733), rend compte de ses visites sur le site de la vallée à la fin du XVIIe siècle et durant la première moitié du XVIIIe siècle, et est aussi une source précieuse sur la description du palais.

Chercher le palais de Clément V

Cartographie de conductivité/résistivité électrique sur la zone d’étude. Les zones rouges indiquent des anomalies offrant une résistivité importante.

Les limites de la prospection archéologique au Groseau

Sur le terrain, une prospection électromagnétique consiste à tester la résistivité du sol, c’est-à-dire sa capacité à s’opposer au passage de l’électricité, sur environ 150 cm de profondeur. Il s’agit d’un moyen non invasif de repérer des anomalies sous terre pouvant correspondre à des fondations invisibles en surface.

Lors de l’opération de 2016, il n’a malheureusement pas été possible d’identifier les fondations du palais de Clément V. Néanmoins, en archéologie, l’absence de preuves n’équivaut pas à une preuve d’absence. La prospection d’une parcelle a ainsi permis de repérer une anomalie linéaire qui semble correspondre, d’après les descriptions de l’abbé Guinier, aux écuries de l’abbaye, dont la présence est évaluée à 70 cm de profondeur. Si aucun autre vestige n’a pu être distingué lors de cette évaluation, cela peut être simplement que ceux-ci se trouvent trop profondément ou qu’ils sont tout simplement trop arasés du fait de la destruction des bâtiments et de la récupération des matériaux pour apparaître à la prospection.

Le cas du monastère du Groseau et du palais de Clément V à Malaucène présente un excellent exemple de ce qu’est la réalité de la recherche archéologique :

En dépit de plusieurs sources écrites qui permettent de dessiner assez précisément les contours de ce palais, les vestiges matériels n’ont pas résisté à l’épreuve du temps pour le reconstituer. Les crises de la fin du Moyen Âge (famines, peste et guerre de Cent ans) ont ensuite favorisé l’abandon du monastère et sa ruine progressive.

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