

Autel avec dédicace votive à Mercure d’Entraigues-sur-la-Sorgue
Découvert en 2023 dans le cadre d'une opération de fouille préventive dirigée par Emilie Fencke,
cet autel fragmentaire en calcaire blanc-beige à grain fin de 24 cm de haut, de section proche du carré (longueur : 0,145 m ; largeur : 0,13 m), a été remployé dans la base d'un mur de l'Antiquité tardive (IVe-Ve siècles). Cassé à son sommet, il a été retaillé sur sa face antérieure, au niveau de sa base et de son couronnement moulurés. Sur la partie haute, au centre de l'autel, se perçoit encore le creusement d'un focus (cupule recevant les offrandes à brûler). Il porte sur sa face principale une dédicace au dieu Mercure dont la formulation permet de proposer une datation entre le début du IIe et la seconde moitié du IIIe siècle.

Autel avec dédicace votive à Mercure d’Entraigues-sur-la-Sorgue

Relevé de l’inscription sur l’autel

Autel avec dédicace votive à Mercure d’Entraigues-sur-la-Sorgue
Proposition de lecture
DEO
MERCU
RIO.SIN
TOTAMO
VASILLUSU(otum) S(oluit) L(ibens) M(erito)
Proposition de traduction
Au dieu Mercure, Sintotamus, Vassillus, s'est acquitté de son vœu volontiers et à juste titre.
Le nom du dédicant, Vassilus, est d’origine gauloise. Le fait qu’il soit utilisé seul, sans filiation, ne nous permet pas de savoir si nous avons affaire à un pérégrin ou à un esclave ; le statut du dédicant reste donc incertain. L’utilisation de l’épiclèse « Sintotamus » attribué à Mercure peut être traduite par « le très routier ». En l’invoquant ainsi, le dédicant exprime cette fonction essentielle du dieu protecteur des cheminements par le biais d’un surnom indigène jusqu’ici inédit mais particulièrement adapté.
La formule votive est classique. Le dédicant s'acquittait, par l'offrande de l'autel, d'un engagement pris auprès de la divinité, peut-être à l'occasion d'un voyage, à moins qu'il ne faille envisager un rapport avec le tronçon de voie, peut être celle reliant Avignon à Carpentras dont le tracé à hauteur de Sorgues n’est pas connu avec précision mais qui pourrait ne pas être très éloigné de notre site.
L’ensemble de ces éléments permet de proposer une datation entre le début du IIe et la seconde moitié du IIIe siècle pour cette inscription qui relève de la religion privée.
Les monuments comme celui d’Entraigues témoignent d’un bilinguisme encore largement répandu en Narbonnaise à l’époque impériale.
Cet autel est conservé dans les locaux du Centre de Conservation et d’Etude Archéologique (CCEA) de Vaucluse à Memento (Avignon).
Il a fait l’objet d’un article, dont vous trouverez la référence ci-dessous.




