Un site funéraire exceptionnel

Orange

Fouille Les Crémades – Orange – 2024

Le site des Crémades à Orange a révélé un tumulus néolithique exceptionnel, le plus ancien connu de la commune, comprenant plusieurs sépultures ainsi qu'un riche mobilier funéraire témoignant d’une occupation continue jusqu’à l’âge du Bronze.

Des fouilles qui repoussent les origines de l’occupation orangeoise

Vue zénithale prise par drone du monument funéraire à l’issue du décapage (fig. 1)

Identifié lors d’un diagnostic réalisé par le Service départemental d’archéologie de Vaucluse en 2021 préalablement à l’aménagement de la déviation routière d’Orange par la Direction de l’aménagement routier du Conseil départemental, le site des Crémades à Orange a été fouillé par le Service départemental d’archéologie de Vaucluse du 16 mai au 3 juillet 2024.

L’équipe de fouille était composée de 6 archéologues dont une responsable d’opération, trois archéologues-techniciens de fouille, un géoarchéologue et une anthropologue de l’Inrap.

Alors que les données collectées lors de la phase de diagnostic semblaient indiquer un site funéraire occupé à la fin de l’âge du Bronze (environ 1 000 ans avant J-C), les informations issues de la fouille ont incité à revoir la chronologie de l’occupation qui serait davantage centrée sur le Néolithique, plus précisément de la seconde moitié de cette période, soit aux environs de 3 000 ans avant J-C, puis se poursuit jusqu’à l‘âge du Bronze, datation confirmée par l’étude céramologique et les datations absolues. C’est donc un véritable bond dans le temps pour l’histoire de l’occupation du territoire orangeois puisqu’il s’agit du plus ancien site archéologique connu pour la commune !

Un tumulus monumental révélant une organisation funéraire complexe

Vue générale du monument funéraire en cours de fouille (fig. 2)

Les vestiges mis au jour lors de cette fouille correspondent à un imposant monument (fig.1 et 2), constitué d’une double couronne de dalles et de galets calcaires de près de 20 mètres de diamètre (21,5 m d’est en ouest) délimitant un tumulus, qui a livré plusieurs sépultures dont les ossements sont inégalement conservés en raison de la remontée fréquente de la nappe phréatique et de la nature du substrat, des limons argileux, peu propice à une bonne conservation osseuse. Au centre du monument, une imposante fosse recouverte de nombreux blocs monolithes calcaires qui correspondent probablement aux éléments constitutifs d’une chambre funéraire (dolmen effondré ?) (fig.3) a livré, dans un espace limité par quelques blocs matérialisant un coffrage de pierre (fig.4), les restes osseux d’un jeune individu accompagné d’un vase/gobelet contenant une douzaine de perles en calcaire biconiques (fig.5) et de 12 armatures tranchantes de flèches en silex (fig.6) correspondant probablement aux restes d’un carquois dont le contenant en matériaux périssables aurait disparu (fig.7). Un second individu est inhumé à quelques mètres au nord-est, accompagné lui aussi de 3 armatures tranchantes de flèches en silex. Enfin, en partie supérieure du monument, un dernier individu, lui aussi assez jeune, est inhumé à une période plus récente, durant l’âge du Bronze moyen (aux environs de 1500 av. notre ère) d’après les datations radiocarbones effectuées sur ses restes osseux.

Aménagement et dépôt de condamnation du monument (fig. 8)

A l’ouest du monument, à la jonction entre les deux couronnes de pierre, un aménagement empierré semblant barrer l’accès à l’espace central, matérialisé par au moins deux dalles calcaires fichées verticalement dans le sol, est accompagné d’un dépôt de 6 vases, très endommagés et dont ne reste presque que les fonds. Cet aménagement et ce dépôt évoquent une pratique de condamnation de l’usage du monument durant le Néolithique (fig.8).

En périphérie immédiate du monument, vers le sud, deux autres sépultures, dont l’une pourrait dater du Néolithique et l’autre de l’âge du Bronze, ont également été découvertes :

Un monument durable

Cet imposant monument funéraire qui prend la forme d’un tumulus a dû constituer un important marqueur du paysage environnant de ce secteur de la plaine du Rhône sur la longue durée comme en témoigne la chronologie des différentes sépultures.

Outre ce bel ensemble funéraire comprenant 5 sépultures, le site a également permis de mettre au jour, au nord-ouest du monument, une grande fosse polylobée de rejet (FS 1002) contenant un abondant lot de mobilier céramique (426 restes correspondant à 25 NMI) caractéristique de l’âge du Bronze final. Au sein de ce lot, on distingue une fusaïole. Par ailleurs, un remontage a été identifié entre 2 tessons d’une anse en ruban, l’un provenant de la fosse FS 1002 et l’autre du dépôt de céramique de la sépulture périphérique de l’âge du Bronze, prouvant leur contemporanéité et suggérant que la fosse FS 1002 a pu servir de lieu de rejet de vases brisés dont un fragment aurait été déposé dans la tombe, selon une pratique connue par des dépôts métalliques du Bronze atlantique mais sans comparaison connue pour les dépôts de céramique.

Enfin, au nord-est du monument, 3 petites fosses (FS 1005-1006 et 1007) arasées livrant quelques tessons de céramique historique (GR/Med ?) sont interprétées comme de possibles fosses de plantation.

Film « Les Crémades. De la fouille à la conservation : un travail collectif »

Ce film documente les différentes étapes de la restauration d’un lot de céramiques néolithiques découvertes en contexte funéraire sur le site des Crémades à Orange en 2024, en lien avec leur étude par une céramologue. Il a été réalisé par Ulysse Fiévé en collaboration avec la restauratrice Ethel Bouquin (Ipso-Facto) et de la céramologue Anne Hasler (Inrap).