Artisanat et industrie

L’artisanat et l’industrie renvoient aux techniques et savoir-faire, anciens ou contemporains, mobilisés pour la fabrication de biens destinés à l’échange et au commerce. Dans les collections muséales, ces notions englobent à la fois les objets issus de ces processus et l’ensemble des outils, machines, accessoires et équipements ayant servi à leur production.

Présentation

Au cœur de ces thématiques, les collections du musée du cartonnage et de l’imprimerie se distinguent par leur grande richesse. Elles témoignent de l’essor remarquable de ces deux activités complémentaires, qui ont profondément marqué Valréas et son territoire de la fin du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle.

Les nombreux outils, machines et accessoires d’atelier traduisent l’évolution des techniques et des savoir-faire. Ces objets mettent en lumière les modes d’organisation du travail et les réalités du monde ouvrier, de la cartonnière à domicile aux grands ateliers de fabrication.

Les milliers d’étiquettes, de boîtes et d’étuis pliants en carton illustrent l’ingéniosité et de la minutie de leurs créateurs, tout en reflétant l’évolution des modes esthétiques. Par leur grande diversité, ces écrins répondent aux besoins de nombreux secteurs - alimentation, hygiène, cosmétique, pharmacie, bijouterie… À ce titre, ils dessinent les contours d’une société de consommation en plein essor et rappellent l’histoire de produits du quotidien, emblématiques ou parfois tombés dans l’oubli.

La boîte à courant d’air

L’invention à l’origine de l’implantation du cartonnage à Valréas...

Boîte à courant d'air

Au milieu du XIXe siècle, Valréas est un important centre de sériciculture, activité dédiée à l’élevage des vers à soie et à la récolte de leurs cocons. Fragilisée par plusieurs épidémies, cette industrie doit alors importer des graines de vers à soie d’Asie, malgré les fortes pertes d’œufs durant le transport.

Pour remédier à cette difficulté, Toussaint-Marius Meynard (1818-1861), issu d’une riche famille de sériciculteurs valréassiens, demande à Ferdinand Revoul (1814-1864), perruquier-coiffeur dirigeant d’un bazar-mercerie, de concevoir un emballage capable de mieux préserver les œufs de bombyx. Ce dernier imagine alors une boîte dotée d’un système d’aération, dite « à courant d’air ». Cette ingénieuse invention assure rapidement la renommée de son créateur qui développe peu à peu son commerce à d’autres secteurs. L’industrie du cartonnage s’implante alors durablement à Valréas et dans ses environs.

Les collections du musée du cartonnage et de l’imprimerie conservent de nombreuses boîtes à courant d’air datant du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle. Leur format varie, mais toutes présentent un système d’aération, sous la forme d’une ouverture recouverte de tarlatane ou de petits trous percés à intervalles réguliers dans le couvercle et le fond de la boîte. Des patins, collés sous la base, permettent la circulation de l’air lors de l’empilement des boîtes. Ces emballages se parent d’étiquettes colorées, souvent lithographiées, au nom du sériciculteur auquel ils sont destinés.

Caractères et clichés typographiques

Caractères et clichés typographiques

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les caractères et clichés typographiques constituent des outils incontournables de l’imprimeur typographe. Ils permettent de transférer des lettres, motifs ou illustrations sur le papier, à la manière d’un tampon.

Le savoir-faire du typographe réside dans le choix et l’agencement de ces éléments afin de créer une composition lisible et esthétique, qui sera ensuite reproduite à l’aide d’une machine. Contrairement au caractère typographique, qui correspond généralement à un seul signe, le cliché typographique offre une plus grande liberté de composition en permettant l’intégration de dessins, d’ornements ou d’inscriptions variées. Il prend la forme d’une plaque de métal, parfois fixée sur un support en bois, gravée d’une forme en relief et en miroir.

Ces outils, présents par milliers dans les ateliers d’imprimerie, occupent également une place importante dans les collections du musée du cartonnage et de l’imprimerie. Fabriqués en série, leur multiplicité témoigne de la technicité et de la complexité du métier de typographe.

La traceuse-découpeuse

Traceuse-découpeuse

Première étape du processus de fabrication des boîtes, la traceuse-découpeuse permet de tracer les lignes de pliage tout en réalisant une première découpe du carton. La machine est dotée de couteaux circulaires réglables, montés sur deux arbres, qui assurent la coupe par friction. Un troisième arbre porte des molettes cylindriques ajustables, permettant de rainurer simultanément le carton afin de faciliter son pliage.

Le carton, introduit sous forme de feuilles entières, passe successivement dans un sens puis dans l’autre afin d’obtenir en série des boîtes carrées ou rectangulaires. Le cartonnier, chargé du réglage manuel de la machine, doit mobiliser des compétences précises en géométrie et en calcul afin de garantir l’exactitude des formats et la qualité de production.

Le musée du cartonnage et de l’imprimerie conserve aujourd’hui deux traceuses-découpeuses de tailles différentes, fabriquées entre 1920 et 1962 par les établissements Jurine. La plus grande, surnommée « mitrailleuse », est dotée d’un plateau de découpe métallique et d’un plateau en bois destiné à recueillir le carton découpé. Ses dimensions imposantes (environ deux mètres de long sur deux mètres de large) permettent d’imaginer l’échelle des ateliers de cartonnage et illustrent l’organisation de la chaîne de production.

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