Memento

Arts et littérature

Dans les collections muséales, les œuvres d’art sont classées par domaine selon les supports, les techniques employés, et leur période de création. Elles se répartissent notamment entre les beaux-arts, les arts décoratifs et l’art contemporain. Les œuvres littéraires, quant à elles, désignent principalement les éditions anciennes ou originales.

Les collections des musées départementaux du Vaucluse rassemblent des œuvres et des objets d’art du XVe au XXIe siècle, en lien avec les spécificités thématiques et chronologiques propres à chaque établissement.

Beaux-arts

Sont considérés traditionnellement comme relevant des beaux-arts les peintures, les sculptures et les œuvres d’arts graphiques réalisées sur support papier, telles que les dessins, gravures, lithographies, manuscrits, affiches...). Les collections des trois musées départementaux conservent des œuvres représentatives de ces différentes expressions plastiques, avec une présence particulièrement importante des arts graphiques.

Les portraits de Pétrarque et Laure

Le musée-bibliothèque François Pétrarque conserve trois peintures, une paire de bustes sculptés ainsi qu’un important ensemble de gravures datant du XVIe au XIXe siècle représentant François Pétrarque et sa muse Laure. Ces œuvres témoignent de la permanence du pétrarquisme au fil des siècles ayant suivi la mort du poète, ainsi que la force durable du mythe amoureux du Canzoniere. Ces portraits sont des représentations imaginaires qui évoluent selon les courants littéraires, les modes et les idéaux esthétiques propres à chaque époque.

François Pétrarque est traditionnellement représenté de profil, d’âge mûr, coiffé d’un capuchon de clerc symbolisant son appartement à l’Église et portant une couronne de laurier, rappelant son couronnement au Capitole, le 6 avril 1341, en tant que Roi des poètes. Au fil des siècles, cette iconographie se transforme : le poète est représenté de face ou de trois-quarts, le capuchon se desserre ou disparaît et ses traits se rajeunissent, jusqu’à évoquer ceux d’un adolescent à l’allure rêveuse. Cette évolution traduit un changement dans la perception de l’œuvre littéraire de François Pétrarque. Autrefois reconnu pour sa maîtrise du latin et la rigueur de son écriture, Pétrarque voit progressivement sa renommée se concentrer sur ses poèmes amoureux.

Cette même diversité apparaît dans les innombrables portraits de Laure, dont ni l’identité ni l’existence réelle n’ont été avérées. Dès lors, le personnage devient l’incarnation d’une beauté idéale qui s’adapte aux lieux et aux époques. Cheveux attachés ou détachés, vêtements riches ou simples, portant un voile de pudeur ou présentée comme une femme libre, tantôt italienne, anglaise, allemande ou française... la figure de Laure change constamment de visage, d’origine ou de statut social.

  • Portrait de Pétrarque fin 18e début 19e siècle

  • Portrait de Laure fin 18e début 19e siècle

Galerie des paysages de Fontaine-de-Vaucluse

Lieu de vie et source d’inspiration de François Pétrarque, Vaucluse (ancien nom de Fontaine-de-Vaucluse) revêt une importance toute particulière dans l’imaginaire pétrarquiste. Le musée-bibliothèque François Pétrarque conserve plus de deux cents représentations de ce site emblématique.

Les paysages de la vallée close figurent, dès le XVIe siècle, en frontispice d’éditions anciennes de Pétrarque et la maison du poète devient un lieu de pèlerinage incontournable pour les érudits et les humanistes. Le rayonnement du site s’étend grâce à l’essor du Grand Tour, ce voyage initiatique qu’entreprenaient les jeunes hommes de la haute société européenne. Les représentations se multiplient et dépeignent avant tout un endroit mythique dominé par une nature grandiose et idéalisée. Au XIXe siècle, Fontaine-de-Vaucluse incarne une vision romantique du paysage, où les reliefs escarpés, les falaises imposantes et la rivière, la Sorgue, se prêtent à des interprétations souvent empreintes d’emphase et de dramatisation.

Dans le prolongement de cette tradition iconographique, plus d’une centaine de cartes postales du début du XXe siècle illustrent les mutations d’un village transformé par l’industrie papetière, où perdure encore le mythe de Pétrarque et de Laure.

  • Fontaine-de-Vaucluse d'après Bouhebent 19e siecle

  • Vue du gouffre et de la colonne à Fontaine-de-Vaucluse - 19e siècle

Étiquettes lithographiques

Afin de transformer les boîtes et emballages en carton en de véritables écrins, les cartonniers utilisaient les étiquettes lithographiques. Le musée du cartonnage et de l’imprimerie conserve des milliers de ces œuvres miniatures produites aux XIXe et du XXe siècles.
Imprimées en série, la plupart du temps en planches entières, ces étiquettes conçues spécialement pour s’adapter à la forme de leur support constituent un remarquable florilège de couleurs et de motifs reflétant l’évolution des arts décoratifs.
À la fin du XIXe siècle, elles se parent d’arabesques, de courbes et d’entrelacs végétaux sous l’influence de l’Art nouveau. Au début du XXe siècle, avec l’essor de l’Art déco, les décors se simplifient, fondés sur des formes géométriques, de lignes affirmées et des couleurs vives. Les figures féminines, omniprésentes dans les étiquettes lithographiques, témoignent particulièrement de cette évolution stylistique. Aux silhouettes idéalisées de l’Art nouveau, aux cheveux longs et aux vêtements vaporeux laissent place les figures stylisées et aux cheveux courts à la mode des années 1920.

Dans les années 1940 et 1950, les étiquettes avec une texture en relief ou en trompe l’œil, imitant des matériaux nobles tels que le cuir, le métal, la marqueterie ou le galuchat, se répandent. Parallèlement, des modes plus spécifiques, comme l’influence de l’Antiquité ou de figures historiques, viennent parfois dépasser ces tendances générales selon les marques et les domaines. En effet, le soin porté aux étiquettes varie en fonction des produits pour lesquels elles sont conçues. Les secteurs de l’alimentation et de la cosmétique par exemple, où l’emballage tient une place centrale dans l’acte d’achat, favorisent la diversité et la qualité des motifs, au point de transformer le support carton en produit de luxe.

Affiches de la Seconde Guerre mondiale

Les collections du musée d’histoire Jean Garcin 1939-1945 : L’Appel de la liberté comprennent un fonds de plus de 150 affiches datant de la Seconde Guerre mondiale, produites pour la plupart par l’État français de Vichy.

Slogans percutants, images saisissantes, aplats de couleurs franches sont mis au service de la propagande du régime. Les silhouettes et les corps massifs d’hommes incarnent la discipline, la glorification du travail et le retour à la terre. Les femmes, quant à elles, apparaissent exclusivement dans leur rôle d’épouses ou de mères. Les mises en scène de la patrie en danger, attaquée par ses ennemis extérieurs (l’Angleterre, l’U.R.S.S., les États-Unis) ou intérieurs (les résistants, les Juifs) foisonnent.

Ces images et les messages qu’elles véhiculent mobilisent différents registres émotionnels - peur, culpabilité, fierté, nationalisme, solidarité - afin de manipuler celles et ceux qui les regardent. La puissance de ces représentations, dans une société où l’image n’est pas encore omniprésente, laisse imaginer l’impact de leur diffusion dans les esprits.

Éditions originales

Éditions anciennes autour de l’œuvre de François Pétrarque

Le musée-bibliothèque François Pétrarque conserve plus de 174 éditions des œuvres de François Pétrarque, imprimées entre le XVe et le XIXe siècle. Les plus anciennes sont des incunables qui datent de 1496, soit quelques décennies seulement après l’apparition et l’essor de l’imprimerie en Europe. Ces ouvrages rares et précieux, traduits en plusieurs langues et diffusés pendant plusieurs siècles, témoignent de l’importance de l’œuvre du poète italien dans l’histoire littéraire européen.

Pour en savoir plus sur les incunables conservés par le musée

Le musée conserve également environ 300 ouvrages anciens consacrés à l’œuvre de François Pétrarque ainsi qu’à l’histoire et au territoire vauclusiens, profondément marqués par l’héritage du poète.

Éditions des années 30 et 40

Dans le contexte de la montée des fascismes durant l’entre-deux-guerres et de leur avènement avec la Seconde guerre mondiale, les livres, les journaux et les documents imprimés en général représentent des instruments stratégiques d’expression et de diffusion des idéologies. Ils servent autant les régimes totalitaires que celles et ceux qui leur résistent.

Dans les collections du musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 : L’Appel de la Liberté, un fonds d’environ 300 ouvrages de propagande des années 1930 et 1940 véhiculent les discours autoritaires et répressifs des dictatures, dominés par l’antisémitisme, la xénophobie, la haine de l’autre et des ennemis désignés de ces régimes (Juifs, Tsiganes, homosexuels, francs-maçons, U.R.S.S., Royaume-Uni, États-Unis...).

En regard de ces publications, plus d’un millier d’ouvrages et d’imprimés portent les voix qui, dès les années 1930, s’élevèrent contre l’intolérance, la violence et la guerre. Imprimées en clandestinité ou en contournant la censure, ces œuvres souvent collectives témoignent de l’engagement des intellectuels, des artistes et des écrivains, parfois au péril de leur vie. Parmi elles figurent notamment les publications du collectif La Main à Plume, des Éditions de Minuit, ou encore Poésie, revue phare de la Résistance en zone sud.

Éditions de l’œuvre de René Char

Le musée-bibliothèque François Pétrarque conserve un important fonds de plus d’une centaine d’œuvres du poète, riverain de la Sorgue, René Char. Cet ensemble réunit notamment des éditions originales dont de nombreux livres d’artistes illustrés par les grands peintres du XXe siècle tels que Georges Braque, Joan Miró, Pablo Picasso, Nicolas de Staël, Marie-Hélène Vieira Da Silva, Zao Wou-ki, Wifredo Lam. Ces œuvres témoignent des nombreuses amitiés créatives entretenues par René Char et de l’importance accordée au dialogue entre poésie et arts plastiques. Elles contribuent à faire de René Char une figure unique et singulière du paysage littéraire du XXe siècle.

Ces œuvres témoignent des nombreuses amitiés créatives entretenues par René Char et de l’importance accordée au dialogue entre poésie et arts plastiques. Elles contribuent à faire de René Char une figure singulière du paysage littéraire du XXe siècle.

  • L'effroi la joie - René Char - Joseph Sima -1971

  • A la santé du serpent - René Char - Miro -1954

Art contemporain

Les collections des musées départementaux comprennent plusieurs dizaines d’œuvres d’art contemporain, acquises notamment au fil des expositions organisées par les établissements.

Au musée du Cartonnage et de l’Imprimerie, ces œuvres sont celles d’artistes – Denys Fine, Pierre Riba, André Rodet, Matthieu Grillet… – qui explorent le carton comme matériau de création. Par sa couleur, sa texture cannelée ou lisse, et ses propriétés mécaniques, à la fois souple et rigide, le carton offre un vaste champ d’expérimentations plastiques. Son histoire industrielle et ses usages en font un support de choix pour interroger des thématiques contemporaines telles que le rapport à la nature et à l’environnement, l’industrie ou la société de consommation.

Au musée-bibliothèque François Pétrarque, les œuvres d’artistes contemporains témoignent de la permanence du lien entre la création, l’inspiration poétique et le site de Fontaine-de-Vaucluse. Au fil des expositions, le musée a invité des artistes à prolonger et renouveler l’héritage créatif de François Pétrarque et de René Char. Les créations qui en résultent réinterprètent la figure de Pétrarque et le mythe amoureux (Sandra Martagex, Carole Challeau, Christine Ferrer…) ainsi que la fascination exercée par la rivière et la nature (Claudine Aspar, Till Neu…).

Au musée d’Histoire Jean Garcin 1939-1945 : L’Appel de la Liberté, l’art contemporain offre une autre lecture de notre Histoire, en faisant appel à nos émotions et notre imaginaire. Le regard porté par les artistes sur la Seconde Guerre mondiale, et plus largement sur la guerre, permet d’exprimer une expérience sensible : comprendre, dénoncer, se souvenir, appréhender l’insoutenable... et parfois amorcer une forme de réparation. Des œuvres d’Éric Kinds, Jean-Frédéric Coviaux et Carole Challeau sont présentées dans la salle La Liberté de l’esprit.

Les incontournables

Les incunables

Le musée-bibliothèque François Pétrarque conserve trois ouvrages de François Pétrarque imprimés en 1496. Ils sont ce que l’on appelle des incunables, terme utilisé pour désigner les quelques 30 000 livres imprimés entre 1454 et 1500 en Europe, aux débuts de l’imprimerie.

Les exemplaires conservés au musée ont été imprimés par Johann Amerbach à Bâle. Tous trois sont des œuvres latines de François Pétrarque : De remediis utriusque fortunae, libri duo (Des remèdes de la Fortune, livre deux), De vita solitaria (La Vie Solitaire), et Librorum Francisci Basileae impressorum annotatio, première édition collective des œuvres latines du poète.

Ces ouvrages font partie des plus anciens livres imprimés de l’histoire occidentale. Le choix de publier les œuvres du poète italien à l’aube de la révolution technique de l’imprimerie, au même titre que la bible, les psaumes et les calendriers, témoigne de l’importance considérable que Pétrarque revêt alors pour les érudits de l’époque.

Rochers de la Fontaine de Vaucluse par Hubert Robert

Hubert Robert, peintre réputé pour ses représentations de ruines, se montre très sensible au spectacle de la nature et du site de la Fontaine-de-Vaucluse. Il s’y rend vers 1783 et exécute plusieurs vues du lieu, dont ce dessin et une petite peinture aujourd’hui conservée au Musée Calvet à Avignon.

À l’exception de quelques silhouettes de femmes et d’enfants sur le bord de la Sorgue, Hubert Robert représente essentiellement une haute falaise fermant l’horizon et, un rocher déchiqueté en forme de pain de sucre qui se détache sur la gauche.

Cette interprétation sobre et efficace évoque avec une grande maîtrise la beauté sauvage et la monumentalité du site. Elle traduit, à la fin du XVIIIe siècle, l’engouement préromantique pour ce paysage exceptionnel et indissociable de la légende pétrarquiste.

Hubert Robert, Dessin au lavis sur papier, vers 1785

Sortie d’Usine, Matthieu Grillet

L’artiste genevois Matthieu Grillet puise son inspiration dans les friches industrielles, qui ont marqué son enfance et nourri ses nombreuses explorations citadines. Son matériau de prédilection est le carton, qu’il accompagne parfois d’éléments glanés au fil de ses déambulations.

L’œuvre Sortie d’usine s’inscrit pleinement dans cette démarche. Il s’agit d’une installation composée d’une rue de bâtiments miniatures, surmontée de cinq plaques en tôles modelées par la corrosion. Un contraste se crée entre la longueur de l’œuvre et la finesse des édifices en carton - une dizaine de centimètres seulement en hauteur. Les nuages en métal rouillé, auxquels sont fixés quelques bâtiments flottants, évoquent les fumées échappées des usines. Tours, maisons, ateliers et usines, parfois entiers, parfois ruinés, forment une image poétique faisant écho à l’histoire industrielle du cartonnage ainsi qu’aux enjeux de la désindustrialisation du territoire.

L’œuvre Sortie d’usine a été commandée en 2022 à l’artiste Matthieu Grillet à l’occasion des 30 ans du musée du Cartonnage et de l’Imprimerie. Acquise en partie grâce à une campagne de financement participatif, elle a été partiellement réalisée dans le musée, au contact des publics. Elle est accompagnée d’une création audiovisuelle en trois actes conçue par Didier Bruchon, dont l’un a été filmé dans les friches industrielles de Valréas.

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