Le décret n° 2026-598 du 7 juillet 2026 institue une journée de commémoration nationale de la reconnaissance de l'innocence d'Alfred Dreyfus.
Si aujourd’hui la réhabilitation du capitaine n’est plus un sujet polémique, il y a plus d’un siècle, la célèbre affaire divisait l’opinion. Il en subsiste des traces dans les archives de Vaucluse.


Dreyfus est dégradé dans la cour de l'École Militaire
Injustement accusé d’espionnage et condamné pour trahison
En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus subit la dégradation nationale, puis le bagne sur l’île du Diable en Guyane. L’affaire Dreyfus révèle les préjugés antisémites d’une partie de l’armée et de l’opinion publique, elle incarne l’une des crises politiques majeures en France.
Après des années de combat pour sa réhabilitation, notamment grâce à l'engagement d'Émile Zola, le fameux « J’accuse », et de sa famille, Dreyfus est réhabilité en 1906 par la Cour de cassation. Il combat ensuite lors de la Première Guerre mondiale, notamment à Verdun et au Chemin des Dames, avant de mourir à Paris en 1935.

Portrait d'Alfred Naquet
Une affaire nationale qui trouve un écho à l’échelon local
Dans le Vaucluse, l’affaire Dreyfus est bien sûr relayée par la presse, mais également dans la correspondance de personnalités. Parmi elles, celle d’une figure politique native de Carpentras : Alfred Naquet. Ce dernier a occupé la scène politique au tout début de la IIIe République. Il a d’abord été député, puis sénateur de Vaucluse. Siégeant à l’extrême gauche, il a notamment défendu avec force le droit au divorce pour faute. Dans les années 1870-1880, il fait l’objet de critiques et de polémiques antisémites particulièrement violentes.
Dans cette lettre du 8 août 1898 dont le destinataire semble être un certain Larcher, il écrit au sujet de l’affaire Dreyfus qu’elle « est en train de devenir la plus grande affaire du siècle, celle d’où sortiront ou un renouveau politique, un nouvel essor de la République dans la direction de la liberté, ou un écrasement [principal] comme au 2 octobre ». Huit ans plus tard, une action en réparation de l’injustice faite à l’officier prolonge la querelle.

Signature d'Alfred Naquet (Arch. dép. Vaucluse 1 J 1085)

Ta Gueul', journal politique, satirique, humoristique, 13 mai 1906 (Arch. dép. Vaucluse 10 Per 94)
Il y a 120 ans, la presse locale tire à boulets rouges
Diffusé de 1902 à 1906, le journal Ta Gueul’, de Vaison-la-Romaine, autoqualifié de « Journal, politique, humoristique et satirique » est ouvertement antidreyfusard, antisémite et nationaliste. À l’occasion de la réhabilitation d’Alfred Dreyfus, il publie dans son numéro du 13 mai 1906 un article dans lequel il fustige [Dreyfus] « le traître » et la résolution « purement politique de cette sale affaire ».
Au regard de l’article mais sans rapport avec l’affaire Dreyfus, une caricature du socialisme et du collectivisme sous les traits d’un ogre sanguinaire. Ce dernier, affamé et menaçant, sort de sa cave pour dévorer un bourgeois, un paysan et un ouvrier apeurés. La satire ne laisse pas de doute sur les opinions tranchées du périodique.

Le Réveil de Vaucluse, Journal républicain, 20 juillet 1906 (Arch. dép. Vaucluse 10 Per 102)
Tandis que "Le Réveil de Vaucluse" prend fait et cause
Hebdomadaire politique et littéraire diffusé entre 1897 et probablement 1907, Le Réveil de Vaucluse qui deviendra plus tard Le Journal républicain, offre une vision opposée sur l’affaire. Il publie le 20 juillet 1906 un article intitulé « L’Affaire Dreyfus ». Plus bavard sur le sujet et surtout plus empathique que l’article paru dans Ta Gueul’, il est sur la même ligne que celle de Zola à l’époque. Six jours après l’arrêt de réhabilitation du capitaine Dreyfus prononcé par la cour de Cassation, le journal écrit : « le cauchemar est disparu ». On apprend que le chef d’escadron Dreyfus est affecté à Vincennes en qualité de sous-directeur. Il sollicite avant sa prise de fonction un congé exceptionnel de 15 jours pour se reposer en Suisse.
Presque 120 ans après la réhabilitation d'Alfred Dreyfus, le Sénat vote à l'unanimité la proposition de loi, élevant Alfred Dreyfus au grade de général de brigade à titre posthume.
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