Février, c’est le mois tant attendu des vacances de neige. Impossible de ne pas convoquer pour l’occasion le point culminant des sommets de Vaucluse : l’incontournable mont Ventoux et ses 1910 m d’altitude (dernier chiffre officiel).

Le mont Chauve

Pose de la première pierre [de l'observatoire] par M. de Mahy, ministre de l'Agriculture le 16 mai 1882, carte postale, [vers 1900] (AD Vaucluse 7 Fi 152/3)
Avant de devenir une station de ski de proximité, le mont Ventoux fut un terrain d’observation scientifique et un puissant motif d’inspiration.
Avant le mont Serein
Avant que le mont Serein, sur le versant septentrional du Ventoux, ne devienne dans les années 1920 une station de ski de proximité prisée des Vauclusiens, le « mont Chauve » — l’autre nom du Ventoux — fut à la fois un objet d’études important pour les scientifiques et une muse pour les artistes.
Il entama sa mue avec l’installation à sa cime d’un observatoire météorologique.
L’observatoire du sommet
À l’achèvement de sa construction en 1886, on rapporta que Jean-Henri Fabre s’exclama à sa vue : "On a fienté sur le Ventoux !"
Le bâtiment, occupé par des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, disposait d’un logement forestier en rez-de-chaussée.
Aux beaux jours, ce trois pièces ainsi qu’une annexe en bois étaient mis en concession au profit de candidats hôteliers.
L’hôtel de l’Observatoire

Aménagement du mont Ventoux, dossier de l'Office National des Forêts, 1900 (AD Vaucluse 10 ETP 5)
Séduit par le potentiel touristique du lieu, François Hilarion Vendran obtient la concession d’un terrain attenant à l’observatoire pour y développer une activité hôtelière.
Une auberge haut perchée
Probablement séduit par le potentiel et le pittoresque du lieu, François Hilarion Vendran, maître d’hôtel, cafetier et négociant de son état, fut de ceux-là.
Il disposa de cet espace haut perché pour y créer une auberge et installer quelques lits de repos à destination d’une clientèle friande de nouveautés.
Convaincu par son galop d’essai, l’aubergiste convoita un terrain attenant à l’observatoire pour la construction d’un hôtel.
Une concession au Clapier de l’Ermite
En février 1900, le conseil municipal de Bédoin approuva la concession à Vendran d’une parcelle d’un hectare au lieu du « Clapier de l’Ermite », section A n° 99.
Ce terrain, quoique totalement nu, était protégé par les clauses contraignantes du code forestier.
L’inspecteur des forêts appuya le projet qui, selon son rapport : "Sera pour la commune une source de prospérité par l’attraction qu’un tel établissement exercera sur les touristes et les malades."
La distraction de la parcelle du code forestier fut décrétée le 21 juillet 1900.
L’hôtel de l’Observatoire du mont Ventoux — comme il était nommé alors — sortit de terre entre la chapelle Sainte-Croix et le dernier virage de la route menant à l’observatoire.
Excursions et renommée sportive
Au début du XXe siècle, le Ventoux devient un terrain d’excursion, de restauration et de manifestations sportives.
L’inauguration du restaurant
Le 20 septembre 1903, le restaurant de l’hôtel est enfin inauguré.
L’Automobile Club d’Avignon, qui avait organisé une excursion — que l’on appellerait aujourd’hui course de côte —, offrit le buffet aux vaillants pilotes.
C’était le début des manifestations sportives internationales qui firent la renommée du mont Ventoux.
Le mont Serein attendra 1925
Celle du mont Serein doit attendre 1925.
On la doit à Pierre de Champeville, professeur de dessin puis directeur du syndicat d’initiative de Carpentras.
Passionné de ski, de cyclisme et de marche, il fit la promotion de ces pratiques sportives et soutint ardemment le projet de création d’une station de ski sur le Ventoux.
Les livres d’or de l’établissement Vendran
De nombreuses personnalités fréquentèrent l’établissement Vendran et noircirent les pages des livres d’or fort heureusement conservés par la mairie de Bédoin, cote archives 3 D 1-5.
Le peintre provençal René Seyssaud fut de ceux-là, comme en atteste la jolie dédicace illustrée ci-après.

Livre d'or de l'hôtel Vendran, détail, 1900-1910 (Arch. com. Bedoin 3 D 1)

Article de presse du journal Le Ventoux, 25 septembre 1903 (AD Vaucluse 10 Per 82)

Membres du personnel de l'hôtel Vendran attablés, carte postale, [avant 1920] (AD Vaucluse 7 Fi 152/63)

Mont Ventoux : les appareils météorologiques sous la neige, [avant 1920] (AD Vaucluse 7 Fi 152/110)
L’affiche du Géant provençal

Acquise récemment par les Archives de Vaucluse, l’affiche publicitaire du « Géant provençal » est postérieure aux grandes heures de François Vendran.
Après François Vendran
La belle affiche publicitaire du « Géant provençal », acquise récemment par les Archives de Vaucluse, est postérieure aux « grandes heures » de François Vendran.
En effet, Raoul, son fils, figure dessus comme propriétaire de l’Hôtel du Mont-Ventoux. Or, c’est au décès de François, en mars 1935, qu’il reprit l’affaire.
Un message publicitaire très construit
Outre son message fort :
Ne quittez pas la Provence sans faire l’excursion du Mont-Ventoux
L’affiche, sortie des presses Rullière frères, foisonne de détails.
Elle encense le sommet du « géant provençal » : altitude, panorama, visibilité jusqu’aux Alpes françaises et italiennes et jusqu’à la mer Méditerranée.
Elle vante aussi les qualités de l’établissement, ses spécialités culinaires, son confort moderne, son cadre provençal et ses prix modérés.
La typographie des messages est variée et les lettres d’un rouge écarlate pour le mont Ventoux dominent l’ensemble.
Une montagne mise en scène
Le décor accentue aussi l’aspect imposant de la montagne.
Derrière les slogans, l’illustrateur a représenté des conifères, puis le village de Bédoin, au pied duquel trône le massif Ventoux.
Son relief, d’un blanc quasi immaculé auréolé d’un bleu éclatant, exalte le caractère suprême du géant provençal.
Affiche publicitaire du Mont-Ventoux, [après 1935]

Si l’hôtel Vendran n’héberge plus de voyageurs, le commerce existe toujours sous le nom de Brasserie Le Vendran.
Une adresse toujours présente au sommet
Si vous vous hissez jusqu’à son sommet, sachez que l’hôtel Vendran n’a pas disparu.
S’il n’héberge plus de voyageurs, le commerce, sous le nom de Brasserie Le Vendran, a conservé l’activité restauration.
Sources
Le texte s’est inspiré d’un article dans Les Carnets du Ventoux et de l’ouvrage de Franck Petit, Envoûtant Ventoux.




