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Acquisition d’un document inédit de la période révolutionnaire

Les fonds des Archives départementales de Vaucluse peuvent s’accroître par le biais d’achats en ventes aux enchères. En effet, de nouveaux documents d’archives rejoignent nos rayonnages grâce à une veille attentive sur les catalogues des maisons de ventes. Découvrez l’histoire de l’une de nos dernières acquisitions en vente aux enchères qui éclaire un événement marquant de l’histoire du département…

Contexte historique

L’affaire de Bédoin

L’affaire de Bédoin commence au printemps 1794, lorsqu’un acte contre-révolutionnaire déclenche une répression d’une violence exceptionnelle contre les habitants et contre la commune elle-même.

L’arbre de la liberté arraché

L’affaire de Bédoin commence dans la nuit du 1er au 2 mai 1794 — 12 au 13 prairial an II — où l’arbre de la liberté, planté seulement depuis le 10 août 1793, a été arraché et les décrets de la Convention nationale affichés sur la maison commune ont été enlevés et traînés dans la boue.

Cet acte contre-révolutionnaire est à l’origine du drame.

Une enquête menée en quelques jours

Dès la nuit du 4 au 5 mai, Le Go, envoyé par le représentant du peuple Maignet, entre dans Bédoin accompagné de 250 soldats du bataillon d’Ardèche.

L’enquête dure à peine quinze jours et un procès a lieu le 28 mai — 9 prairial.

En une seule journée, 127 personnes sont jugées : 63 sont condamnées à mort et exécutées, 13 sont condamnées à une peine de prison, 52 sont libérées.

Une commune condamnée

Mais en plus des individus, c’est également la commune elle-même qui est visée par la répression.

Bédoin est condamnée comme étant une ville contre-révolutionnaire. Elle devient Bedouin l’infâme et, pour cela, elle doit être détruite.

Ainsi, après l’évacuation de la population, la ville est incendiée le 3 juin à 4h du matin. Tandis qu’elle brûle, Le Go organise déjà le partage de son territoire au profit des communes voisines que sont Le Barroux, Crillon, Flassan et Mormoiron.

De la condamnation à la réhabilitation

Après la chute de Robespierre

Projet de monument pour la réhabilitation de Bedoin érigé le 15 floréal an III (4 mai 1795), (AD Vaucluse 4L73)

L’incendie de Bédoin intervient dans les derniers temps de la Terreur. Quelques semaines plus tard, la chute de Robespierre change le sort de la commune et de ses habitants.

Un des derniers actes de la Terreur

L’incendie et la condamnation de Bédoin sont l’un des derniers actes de la Convention nationale et de la Terreur.

Seulement un peu plus d’un mois plus tard, Robespierre et ses partisans sont arrêtés le 27 juillet 1794 et exécutés le 28 juillet — 10 thermidor.

On peut alors dire que les Bédouinais n’ont pas eu de chance : ils ont été punis par les individus qui seront eux-mêmes chassés et exécutés seulement quelques semaines plus tard.

Les jugements cassés

À partir de la chute de Robespierre et des Montagnards, Bédoin n’est plus l’infâme et les jugements sont cassés.

Les treize condamnés à la prison sont libérés.

On cherche même à estimer le coût des dégâts causés et notamment à dédommager les victimes.

On peut voir alors dans les sources que nombreuses sont les femmes dans le besoin suite à l’exécution d’un mari, d’un père ou d’un frère.

Le retour du statut de commune

En janvier 1795, Bédoin retrouve son statut de commune et l’intégrité de son territoire.

Il faut attendre le 4 mai 1795, soit presque un an après la fameuse nuit du 1er au 2 mai 1794, pour que Bédoin soit officiellement réhabilitée lors d’une cérémonie publique.

C’est à cette occasion qu’est édifié le monument à la mémoire des victimes.

Que nous apprend le document ?

Ce laissez-passer, daté du 12 prairial an II, est un document rare : il témoigne directement de l’expulsion des habitants de Bédoin quelques jours avant l’incendie de la ville.

Un passeport de la Terreur

Ce document est comme un passeport alors très répandu pendant la Terreur pour se rendre d’une ville à l’autre.

Mais il ne s’agit pas de n’importe quel passeport : c’est un laissez-passer délivré pour justifier le transfert d’une famille d’une commune à une autre.

Rédigé par l’administration, il est donné à titre individuel. Il appartient à la personne mentionnée.

Un témoin direct de l’expulsion

Ce document est particulièrement précieux car il est le témoin unique et direct de l’expulsion des habitants de Bédoin avant que la ville soit livrée aux flammes.

Ce laissez-passer date du 12 prairial an II — 31 mai 1794 — soit seulement trois jours avant le début de l’incendie de la ville.

Il nous donne ainsi une idée de toute la procédure mise en place afin de détruire Bédoin. En effet, il a fallu faire un même document pour chaque foyer expulsé.

Une population surveillée

Il nous apprend également que les habitants de Bédoin déplacés dans d’autres communes font l’objet d’une surveillance accrue.

Il est dit que chaque décade — semaines de dix jours remplaçant celles de sept jours dans le nouveau calendrier républicain —, les habitants doivent se déclarer afin que les autorités sachent qu’ils n’ont pas émigré.

Pierre Bourdier et sa famille

Au plus près de l’histoire

Affaire de Bedoin, interrogatoire de Pierre Bourdier, dossier de procédure, floréal an II (AD Vaucluse 7 L 51)

Le laissez-passer permet d’entrer dans l’histoire par le destin d’un homme, Pierre Bourdier, et de sa famille.

Une histoire intime dans l’affaire de Bédoin

Ce document nous permet aussi d’avoir une vision de l’affaire grâce à l’histoire intime d’un homme et de sa famille.

Il nous donne déjà quelques renseignements précieux : le laissez-passer est délivré à Pierre Bourdier, cultivateur et propriétaire, ainsi qu’aux membres de sa famille vivant avec lui, sa femme Magdeleine Gerbaud, son fils Jacques, âgé de 27 ans, et sa fille Marie, 11 ans.

Il nous permet même d’imaginer à quoi ressemblait Pierre Bourdier par sa description physique.

Des traces dans d’autres documents

Les éléments du laissez-passer permettent de retrouver Pierre Bourdier et sa famille dans d’autres documents présents dans nos fonds d’archives.

Il est notamment mentionné dans l’enquête menée pour l’instruction de l’affaire de Bédoin. En effet, Pierre Bourdier est arrêté parce que notable, et enfermé avec d’autres dans l’église.

Il est également interrogé. Il lui est demandé ce qu’il faisait la nuit où l’arbre de la liberté a été arraché, mais aussi s’il sait qui en est l’auteur.

Il fait également partie des personnes jugées lors du fameux procès. Par chance, il est acquitté puis libéré.

Le récit de Pierre Bourdier

Il raconte en décembre 1794 ce qui lui est arrivé lorsque les victimes sont invitées à raconter les événements pour prétendre à obtenir un dédommagement.

S’il y a erreur sur son âge dans le document, il s’agit bien de lui et voici ce que l’on peut y lire : “lequel a déclaré que lors de l’arrivée dans la nuit de la Commission de Le Go audit Bedouin il fut mis en reclusion avec d’autres citoyens de cette commune il fut ensuite conduit enchaîné avec un nombre d’autres au pied de la guillotine et ensuite mis en liberté par jugement du tribunal révolutionnaire séant audit Bedouin”. Enfin, petit détail mais significatif pour l’époque, on apprend qu’il est illettré et ne peut donc signer.

Retrouver une famille bedouinaise

La consultation des registres paroissiaux, des actes d’état civil et des actes notariés permet de retracer la vie de cette famille bedouinaise.

Pierre Bourdier décède le 12 novembre 1809 à Bédoin.

En décembre, un acte devant le notaire Joseph-Vincent Faulcon — fils d’un des notaires exécutés — nous apprend que Joseph est cultivateur à Aix-en-Provence et vend ses parts des terres du père sur la commune de Bédoin à son frère aîné Jacques.

La petite histoire dans la grande histoire

La petite histoire dans la grande histoire, et encore un bel exemple de l’enrichissement des fonds par l’achat de documents d’origine privée.

Voir aussi

Pour prolonger l’affaire de Bédoin

Le PDF source mentionne plusieurs ressources complémentaires pour approfondir l’affaire de Bédoin.

Ressources complémentaires

  • Dossier pédagogique L’affaire de Bédoin. Un exemple de Terreur provinciale
  • Exposition itinérante Cruelles archives ! : livret affaires criminelles : l’infâme Bedouin à télécharger et lecture de l’affaire
  • VALLANDET, P., L’affaire de Bedoin, dans Mémoires de l’Académie de Vaucluse, 1929-1930, tome 3, pp. 1-64