Au vu de sa position stratégique, la ville d’Avignon, située à la confluence du Rhône et de la Durance et à une centaine de kilomètres de la mer, était un des points névralgiques de la Provence qu’il fallait, pour les alliés comme pour les Allemands, contrôler à tout prix.

Le raid du 27 mai 1944

Bombardements d'Avignon en mai 1944. Reproduction, coll. privée (AD Vaucluse 2 Fi Avignon 123/3)
Le 27 mai 1944, un signal d’alerte retentit dans Avignon. Quelques dizaines de minutes plus tard, la ville devient un véritable théâtre de guerre.
Une alerte d’abord presque ordinaire
C’est au matin du 27 mai 1944, à 10h05, qu’un signal d’alerte annonçant un raid des avions alliés retentit dans la ville.
Des signaux similaires ayant résonné à plusieurs reprises les jours précédents, les habitants n’y prêtèrent pas une attention particulière. On pouvait voir les ouvriers à leurs postes et les ménagères affairées sur les marchés, presque un jour comme les autres dans la cité.
Seuls les écoliers et les fonctionnaires de la ville se mirent à l’abri en toute hâte.
En réalité, les Avignonnais et les Avignonnaises n’avaient aucune idée du danger qui pesait sur leurs têtes : près d’une centaine de bombardiers de la US Air Force provenant d’Italie faisaient cap sur la capitale vauclusienne.
La ville devient un théâtre de guerre
Trente-cinq minutes après le signal d’alerte, un vrombissement sourd emplit soudain les oreilles.
L’alerte était bien réelle : elle accompagnait des tirs provenant des batteries de DCA positionnées de part et d’autre de la ville.
Avignon devint alors un véritable théâtre de guerre. Les premiers avions qui survolèrent la ville déversèrent de fines lamelles d’aluminium pour brouiller les communications allemandes et empêcher la transmission d’instructions.
Le premier bombardement que subit la ville fut d’une grande violence : près de 350 tonnes de bombes furent déversées.
Une ville meurtrie

Bombardier Avro Lancaster - Kogo, GFDL http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html, via Wikimedia Commons
Entre le 27 mai et le 15 août 1944, Avignon vit dans la peur des bombardements, des destructions et d’une nouvelle attaque aérienne.
Des pertes humaines et matérielles considérables
Le bombardement causa la mort de 525 personnes, fit de nombreux blessés et détruisit près de 400 foyers.
Bon nombre de quartiers, tel que celui de Saint-Ruf, furent partiellement ou totalement soufflés par les explosions. De nombreux bâtiments historiques souffrirent de ce sinistre, comme la paroisse du Sacré-Cœur, qui fut en partie démolie.
Ce largage allié, dont l’objectif militaire était de détruire les axes de communication et d’approvisionnement allemands, défigura et meurtrit la ville.
Le lendemain de cette triste journée, la municipalité déclara une journée de deuil en mémoire des victimes.
La peur d’une nouvelle attaque
D’autres bombardements suivirent. Durant près de trois mois, la population, inquiète et désemparée, vécut dans la terreur d’une attaque prochaine.
Le 17 juillet 1944 fut un jour qui marqua les esprits. Vers 13 h, une avalanche de bombes obscurcissant le ciel s’abattit sur Avignon.
Quelques minutes suffirent pour provoquer des dégâts considérables et un grand traumatisme chez les habitants.
Entre le 27 mai et le 15 août, date du premier et du dernier bombardement, il y eut environ 45 raids aériens, incluant ceux des chasseurs bombardiers, moins chargés en explosifs mais plus précis dans les largages.
La ville ouverte

À partir du 21 août 1944, les troupes allemandes se retirent progressivement, mais la ville demeure dangereuse et privée de services essentiels.
La retraite allemande
Jusqu’à la débâcle, les troupes allemandes essayèrent de défendre leurs positions.
Lorsque la retraite fut ordonnée dans l’après-midi du 21 août 1944, l’ennemi laissa en poste une poignée de soldats et d’artificiers chargés de détruire infrastructures et équipements qui pouvaient encore l’être.
Pendant plusieurs jours, Avignon demeura privée d’eau, d’électricité et de gaz ; les portes des commerces restèrent closes et même le pain vint à manquer.
Les habitants vécurent cloîtrés chez eux ou s’exilèrent en dehors des remparts, loin du danger.
Le message du 23 août
Le mercredi 23 août, Avignon fut déclarée « ville ouverte ». Ce message apporta un peu de réconfort à la population.
Selon le maire Edmond Pailheret, la situation était tout autre. Il affirma dans le journal local Les Tablettes du soir, daté du lundi 21 août 1944 : "Non […] Il faut ruiner ce bobard. Mais nous avons tout fait pour qu’elle le fût."
En déclarant que la ville n’était pas totalement sans danger — ce qui était une réalité —, l’édile entendait aussi tempérer l’optimisme de ses administrés en atténuant l’avancée notable des Alliés.
L’ouvrage de Jean Daumas, Avignon dans la Tourmente (1975), rapporte que la veille, le 22 août, on ne croisait quasiment plus d’Allemands dans la cité.
Ce même jour, autour de 11 h du matin, le chef local de la Kommandantur, accompagné de ses hommes, fit ses adieux au maire.
Les dernières explosions

Le pont du chemin de fer détruit, août 1944. Coll. Jean Mazet (AD Vaucluse 2 Fi Avignon 62-3)
Alors que l’ennemi a déserté Avignon, les derniers jours d’août restent marqués par les interdictions, les risques militaires et les destructions.
Les zones à éviter
Les avions alliés maintinrent la pression en survolant la ville et, le 24 août, l’ennemi avait définitivement déserté Avignon.
Un communiqué préfectoral paru dans Les Tablettes du Soir du 24 août déconseillait toutefois de circuler le long des berges du Rhône, de la gare, des voies ferrées, du viaduc ainsi qu’autour d’autres cibles militaires, susceptibles de faire l’objet de nouveaux raids aériens.
Détruire les vestiges de l’Occupation
Malgré l’interdiction préfectorale et les risques encourus, les Avignonnais sortirent des maisons et commencèrent à piller les bureaux des collaborateurs.
L’objectif était clair : détruire les vestiges de l’Occupation et du régime de Vichy pour rétablir la République dans une France libre.
Les habitants, tout à la joie de cette liberté retrouvée, réalisèrent brusquement que la guerre n’était pas finie.
Le viaduc et le Pontet
Deux grosses explosions retentirent.
La première détruisit le viaduc. Pourtant miraculeusement épargné par 17 bombardements, celui-ci ne résista pas aux charges posées par les Allemands.
La seconde pulvérisa le dépôt de carburant du Pontet.

La libération d'Avignon, août 1944. Reproduction de 6 photographies, coll. privée (AD Vaucluse 2 Fi Avignon 117-4)

La libération d'Avignon, août 1944. Reproduction de 6 photographies, coll. privée (AD Vaucluse 2 Fi Avignon 117-2)

La libération d'Avignon, août 1944. Reproduction de 6 photographies, coll. privée (AD Vaucluse 2 Fi Avignon 117-5)
Le 25 août
Le 25 août 1944, Avignon se réveille avec la sensation de vivre, pour la première fois depuis longtemps, dans un pays libre et en paix.
Un matin de liberté
Le 25 août, à l’aube, après une nuit assez calme, les Avignonnais débutèrent la journée avec la sensation de vivre, pour la première fois depuis bien longtemps, dans un pays libre et en paix.
Ces deux années d’occupation furent éprouvantes, ici comme ailleurs.
Le jour de la libération de la ville, la foule ivre de joie se rassembla vers la gare, où un char allié et son équipage français avaient été aperçus.
Les troupes alliées, entourées d’Avignonnais transportés de joie, se dirigèrent ensuite vers le centre-ville et la place de l’Horloge.
La liesse dans les rues
Après quelques jours de liesse, la vie commença à reprendre son cours.
Les commerçants donnèrent le ton, devantures et étals étaient au diapason.
Dans le même temps, la population continuait à célébrer dans les rues la liberté retrouvée, comme en témoigne la photographie dite du Baiser rue de la République.
L’euphorie de la Libération était telle qu’un appel au calme et à la discipline fut lancé par le Haut Commandement, comme on peut le lire dans le n° du 26 août 1944 du périodique Debout la France.
Reconstruire la ville

Après la Libération vient le temps de la reconstruction, matérielle et symbolique, d’une ville profondément marquée par l’Occupation et les bombardements.
L’heure de la reconstruction
Puis vint l’heure de la reconstruction après cet épisode lourd en pertes à la fois humaines et matérielles.
La municipalité, l’État et le Plan Marshall fournirent l’aide financière indispensable à l’engagement des travaux et faire revivre le cœur de la cité.
Une reconnaissance nationale
La souffrance que la ville endura durant l’Occupation et pour sa libération lui valut, en 1949, la Croix de Guerre au titre de « Ville Martyre ».
Une reconnaissance qui témoignait de l’ampleur des événements qui s’y déroulèrent.




