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Dans les coulisses d’un théâtre

Quand l’ombre de la guillotine plane sur un projet de théâtre municipal d’Orange…

Le projet de théâtre

Une séance extraordinaire à Orange

Extrait du plan cadastral napoléonien d'Orange, section T, vers 1817 (AD Vaucluse 3 P 2/87)

En juin 1882, le conseil municipal d’Orange se réunit autour d’un projet d’érection d’un théâtre à l’extrémité sud du cours Saint-Martin.

Un théâtre à l’extrémité du cours Saint-Martin

Le 15 juin 1882, le conseil municipal de la ville d’Orange se réunit en séance extraordinaire autour du maire Alfred Dugat, dans le cadre du projet d’érection d’un théâtre à l’extrémité sud du cours Saint-Martin et le long de la route départementale n° 13 reliant Orange à Roquemaure.

Un devis confié à André Jean Baudoy

Le devis pour la construction est établi par André Jean Baudoy, architecte avignonnais et ancien élève de Charles Garnier.

Le coût du bâtiment est estimé à 65 000 francs, auxquels la municipalité adjoint 10 000 francs supplémentaires pour dépenses imprévues.

Comme l’impose la procédure administrative, une enquête d’utilité publique est organisée afin de recueillir l’avis des Orangeois.

Une enquête publique disputée

83 administrés contre le projet

Projet de théâtre municipal à Orange : article paru dans le journal "La Ruche", 1882 (AD Vaucluse 2 O 87/13)

L’enquête publique révèle de fortes oppositions au projet, entre critiques architecturales, inquiétudes pratiques et mémoire douloureuse du lieu choisi.

Les réserves des Orangeois

Le journal local La Ruche publie l’avis le 25 juin 1882.

La consultation menée par le conducteur des ponts et chaussées Eugène Morenas prend fin le 2 juillet.

83 administrés se positionnent contre le projet avec des arguments divers.

Pour certains, le monument est « mesquin » et de « proportions fort réduites » ; pour d’autres, il empiète sur l’espace alloué aux bestiaux les jours de marché, il est trop éloigné d’un point d’eau en cas d’incendie ou bien il ne respecte pas les prescriptions urbanistiques du mouvement hygiéniste qui préconise d’aérer les villes.

Un motif inattendu

Un motif inattendu revient régulièrement dans les oppositions.

Il est formulé de façon émouvante dans le courrier de Raoul de Biliotty et de façon plus explicite dans celui d’un collectif de signataires.

L’ombre de la guillotine

Un lieu chargé par la mémoire de la Terreur

Le terrain pressenti pour le théâtre municipal est aussi celui où fut dressée la guillotine durant la période de la Terreur.

La commission populaire d’Orange

Le site pressenti pour l’édification du théâtre est aussi le lieu sur lequel on dressa la guillotine durant la période de la Terreur.

La commission populaire créée par le Comité de Salut Public le 21 floréal an II — 10 mai 1794 — siégea à Orange.

Ce tribunal, dirigé par le représentant de la Convention nationale Maignet, prononça contre les ennemis de la Révolution 332 condamnations à mort.

Parmi les guillotinés, on compte 32 religieuses et l’aïeul de Raoul de Biliotty, Joseph Joachim de Biliotti, qui fut l’un des derniers à périr le 29 juillet 1794.

Un monument expiatoire démoli

Un monument expiatoire est édifié en 1825 sur le lieu où se tenait l’échafaud.

L’œuvre contre-révolutionnaire n’ayant jamais été totalement achevée, elle est finalement démolie en 1848.

Le projet adopté

De l’avis favorable à l’inauguration

Malgré les oppositions, le commissaire enquêteur puis le conseil municipal donnent un avis favorable au projet, finalement approuvé par l’administration.

L’avis du commissaire enquêteur

À l’issue du dépouillement des oppositions au projet, le commissaire enquêteur Morenas émet le 2 juillet un avis favorable.

Il argue de la gratuité du terrain, des dimensions harmonieuses et adaptées du théâtre, de l’absolue nécessité pour Orange de se doter d’un tel établissement et de la proximité de la rivière Meyne pour le risque incendie.

La décision du conseil municipal

Le conseil municipal suit l’avis du commissaire enquêteur dans sa séance du 10 juillet.

Il ajoute au sujet du choix controversé de l’emplacement : "Qu’il est sage et patriotique de ne pas perpétuer le souvenir de nos discordes civiles."

Le projet est finalement approuvé par le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts dans sa séance du 26 décembre 1882. Le devis estimatif de la dépense et le bordereau de prix sont approuvés par le préfet le 15 juin 1883.

L’inauguration du bâtiment a lieu en décembre 1885.

Ce sujet sur un projet bâtimentaire fait ressurgir le souvenir vivace de la Révolution dans la société d'alors. Pour prolonger ce thème, nous vous convions à la conférence organisée dans le cadre des Nocturnes de l’histoire : « Violences politiques, révolution(s) et mémoires. Réflexions à partir du cas vauclusien » le 27 mars 2024.