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De l’offense à la défense, le château de Lacoste

Renommé pour être le château de Sade jusqu’à son dernier propriétaire connu, Pierre Cardin, le château de Lacoste est passé de main en main. Petit tour des propriétaires successifs d’un monument qui était voué à disparaître sans la volonté de deux passionnés.

La seigneurie de la Coste

Des Agoult-Simiane à la maison de Sade

Extrait d'une carte de Cassini, 1778

Avant d’être associé au marquis de Sade, le château de Lacoste appartient à une seigneurie passée de la maison d’Agoult-Simiane à la famille de Sade.

Un ancien fief de la maison d’Agoult-Simiane

La seigneurie de la Coste est un ancien fief de la maison d’Agoult-Simiane. En 1716, le château de Lacoste et ses terres dominant la vallée du Calavon changent de propriétaire. Isabelle de Simiane les lègue à son cousin Gaspard François de Sade, seigneur de Saumane et de Mazan.
Ce dernier n’est autre que le grand-père du « divin marquis », Donatien Alphonse François de Sade.

Sade et le château de Lacoste

Héritier de la maison de Sade, le marquis entreprend la restauration du château dans lequel il fait aménager un théâtre. Entre 1769 et 1772, bals et représentations théâtrales sont donnés. Sade goûte avec plaisir la Provence, mais sa vie de débauche et les scandales qui en découlent l’amènent à fuir pour échapper à la sentence. Une existence entre sauve-qui-peut, arrestations et incarcérations.

Le marquis éloigné de Lacoste

Une cousine au château, une lettre au notaire

Profil supposé du marquis de Sade à vingt ans par Charles van Loo vers 1760-1762

Lorsque la Révolution survient, le marquis se tient éloigné de ses terres de villégiature, mais continue de surveiller ce qui se passe à Lacoste.

Une installation qu’il veut empêcher

Lorsque la Révolution survient, le marquis se tient éloigné de ses terres de villégiature. Apprenant qu’une cousine veut s’installer à Lacoste, M. de Sade, passablement agacé, entend la détourner de ce projet. Il écrit le 4 octobre 1791 au notaire Gaufridy d’Apt en ces termes :

[…] Et moi, qui crains, comme vous savez, que les portes et les fenêtres ne battent, je vais être dans des transes affreuses tant que je la saurais là. Madame de Raousset fera plus, elle empruntera des fermiers, et ne rendra point. Vous savez que je ne veux absolument que personne couche dans mes deux chambres, celle d’hiver et celle d’été. […]

[…] Dernière raison majeure et sans réplique. Je compte aller très décidément au mois de mai prochain à la Coste. L’établissement de madame de Raousset au dit château me gênera fort. […]

[…] Il faut lui offrir en place de cela le château de Mazan, ou celui de Saumane qui sont aussi français que celui de la Coste à présent, […].

Déprédations et reventes

Un château peu à peu dépecé

Main levée de séquestre du 3 avril 1811 avec signature de D.A.F de Sade, 1811 (AD Vaucluse 1 Q 27)

À partir de la Révolution, le château de Lacoste connaît une longue période de dégradation, de reventes successives et de réemplois de ses pierres.

Le pillage du château

En 1792, tandis que ses fils ont émigré, « D.A.F. » réside à Paris. Lorsqu’il a vent du pillage de son château de Lacoste, il sollicite son frère pour gérer sur place les réparations. L’effort se révèle vain puisque Sade, quasi ruiné, finit par s’en débarrasser. Il le vend pour la somme de 64 000 livres au député de la Convention Joseph Stanislas Rovère. L’acte est dressé à Paris par Me Deloche le 13 octobre 1796.

De Rovère à Pierre Grégoire

Mais nouveau possesseur ne signifie malheureusement pas fin des déprédations. Suite au coup d’État du 18 fructidor an V — 4 septembre 1797 —, Rovère est déporté à Cayenne où il meurt le 11 septembre 1798. Sa veuve, inconsolable, revend le château délabré le 29 juin 1816 pour 1 200 frs à un agriculteur du cru, Pierre Grégoire.

Sans portes, fenêtres, ni fers et couvert de toiture seulement en partie.

Nul besoin d’être grand clerc pour saisir que l’acheteur est plutôt intéressé par les 3,5 hectares de terre que par la rénovation du bâti. En 1894 puis en 1896, Cyprien Jean, maçon de son état, se porte acquéreur du château et des terres attenantes auprès des héritiers Grégoire. Coup d’épée dans l’eau : outre les outrages du temps sur le bâtiment qui se poursuivent, ses pierres sont réemployées pour façonner les murs des maisons du village.

Sauver le château

D’André Bouer à Pierre Cardin

Il faut attendre le XXe siècle et l’intervention d’André Bouer pour que cesse le dépeçage du château de Lacoste.

L’intervention d’André Bouer

Il faut attendre l’intervention d’André Bouer pour que le dépeçage cesse. Ce professeur des collèges à Apt, natif de Lacoste, s’en porte acquéreur en 1952 ; il voue dès lors sa vie à la restauration du château. Voir aussi l’extrait d’un article d’André Bouer dans La Valmasque, n° 4, 1981.

Une reconnaissance patrimoniale

Un arrêté du 21 août 1992 consacre enfin son inscription au titre des monuments historiques. En 2001, Pierre Cardin achète le château à la veuve d’André Bouer. Il poursuit sa réhabilitation en se concentrant sur la sécurisation de l’édifice, des cours et des fossés. Le château, consolidé et en partie restauré, accueille désormais en son sein un festival de musique et de théâtre.

Source

Correspondance inédite du marquis de Sade, de ses proches et de ses familiers, publiée avec une introduction, des annales et des notes / Paul Bourdin. Paris, Librairie de France, 1929.

Vue aérienne du château de Lacoste

*Correspondance inédite du marquis de Sade, de ses proches et de ses familiers, publiée avec une introduction, des annales et des notes / Paul Bourdin. Paris Librairie de France, 1929