Et si la solution à la pandémie de coronavirus qui sévit se trouvait tout bonnement dans le fonds des archives du duché de Caderousse ?

Contagion dans les archives
La pandémie de Covid-19 donne l’occasion de replonger dans les fonds vauclusiens à la recherche de documents consacrés aux épidémies, aux traitements et aux mesures sanitaires anciennes.
Des batailles médico-médiatiques aux archives
La course effrénée au vaccin comme celle au traitement efficace contre la Covid-19 ne vous a sûrement pas échappé.
Et si nous nous éloignions un peu des batailles médico-médiatiques sur le sujet pour prendre du recul en nous plongeant dans les fonds vauclusiens qui regorgent de documents ayant trait aux épidémies qui ont jalonné l’histoire, ainsi que des traitements et mesures sanitaires qui les ont accompagnées.
Le mot-clé « contagion »
Il n’y a qu’à saisir dans notre moteur de recherche le mot-clé « contagion » — choisi au hasard, cela va sans dire — pour voir remonter non pas la fièvre, mais une quinzaine de notices.
Notre choix se porte sur un article dans les archives du duché de Caderousse : Remèdes et recettes à l’usage de la famille de Gramont et plus particulièrement de Marie-Gabrielle de Sinety, duchesse de Gramont, s.d., XVIIIe siècle-vers 1850.
Une pharmacopée haute en couleur
Ce dossier assez épais nous éclaire sur la médecine de l’époque.
Outre les classiques recettes de cataplasmes et autres décoctions rédigées à la main, on y trouve quantité de prospectus imprimés aux noms évocateurs et bigarrés :
- emplâtre de Nuremberg ;
- sirop zoonomique ;
- vinaigre des quatre pendus ;
- tablettes pectorales de baume de Tolu de Thomas Greenouge ;
- remède de la pierre striptique ou vulnéraire ;
- pilules écossaises de Jacques Inglish.
Au milieu de cette pharmacopée XIXe, la publicité pour les appareils préservatifs de la contagion du pharmacien Boullay retient notre attention.
Les appareils de Boullay
Le pharmacien Boullay propose plusieurs dispositifs de désinfection, fabriqués d’après les travaux du chimiste Louis-Bernard Guyton-Morveau.
Des préparations à la vente
Du pharmacien, nous ne saurons rien, pas plus que de l’utilisation du procédé sur Marie-Gabrielle de Sinety.
En revanche, les préparations proposées à la vente des flacons portatifs anti-contagieux à 3 francs, des réservoirs de désinfection à 24 francs, des petits appareils de désinfection à 6 francs sont fabriquées d’après les travaux d’un homme illustre : Louis-Bernard Guyton-Morveau.
Guyton-Morveau, un scientifique engagé
Magistrat, député à l’Assemblée nationale, à la Convention et membre du Comité de Salut public, chimiste mais également aéronaute, Guyton-Morveau — 1737-1816 — est un scientifique engagé.
Les procédés de désinfection commercialisés par le pharmacien sont basés sur son Traité des moyens de désinfecter l’air, de prévenir la contagion et d’en arrêter les progrès, écrit en 1801.
Un remède pire que le mal ?
La brochure vante des procédés de désinfection dont l’usage, vu depuis aujourd’hui, laisse imaginer des effets plus redoutables que protecteurs.
L’esprit de sel en petit appareil
Revenons à notre brochure, dans laquelle le pharmacien Boullay s’honore notamment d’avoir résolu le problème du conditionnement de l’esprit de sel pour les petits appareils de désinfection. Il conseille toutefois de les déboucher à distance du nez.
L’anecdote sur les effets olfactifs puissants de l’acide muriatique que narre Guyton-Morveau en page 124 de son traité est à ce titre édifiante.
Des réservoirs pour les lieux collectifs
L’apothicaire donne ensuite le mode d’emploi des réservoirs de désinfection à utiliser dans les hôpitaux, prisons et autres assemblées.
Imaginons un peu ce que peut produire, dans un espace clos, un savant dosage de manganèse et d’acide chlorhydrique : une épaisse fumée toxique pouvant entraîner des troubles graves en cas d’inhalation et peu d’effet sur les miasmes à éradiquer.
Kof-kof, parfois le remède peut s’avérer pire que le mal…




