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Le grand bain

À l’heure où la capitale se questionne sur la qualité des eaux saumâtres de la Seine pour les épreuves de natation aux Jeux olympiques de Paris, remontons le temps et le courant du fleuve Rhône pour notre petit clin d’œil du mois.

Un drame sur le Rhône

La noyade des fils Vayson en 1864

Plan de l'amarrage (point A) de l'école de natation sur le Rhône à Avignon, 1865 (AD Vaucluse 2 O 7/8)

Bien souvent, un drame est à l’origine d’une décision prise par les pouvoirs publics. À Avignon, la noyade de deux jeunes hommes dans le Rhône relance la question d’une baignade mieux encadrée.

La noyade du 17 août 1864

Bien souvent, un drame est à l’origine d’une décision prise par les pouvoirs publics, d’autant que dans l’affaire qui nous occupe, il a touché une famille de notables avignonnais.

Pensez, les deux fils de M. Vayson, juge de paix suppléant du tribunal du canton nord d’Avignon, se sont noyés dans le Rhône le 17 août 1864.

Les premières mesures municipales

Alerté par le commissaire central, le préfet de Vaucluse demande des comptes au maire d’Avignon Paul Pamard. Ce dernier assure que toutes les mesures ont été prises et que les noyades sont le fait d’imprudents.

La ville a en effet créé une école de natation qu’elle subventionne à hauteur de 300 frs. Elle a également pris un arrêté pour interdire la baignade en dehors des espaces autorisés et mis le fleuve sous la surveillance de gardes-champêtres.

C’est dire.

Une école jugée insuffisante

Le préfet Bohat relance la municipalité

Exposition de Lyon de 1894, école de natation sur le Rhône près de la passerelle du Collège. Tirage photographique noir et blanc (AM Lyon 2 PH/239) -

Un an après le drame, le préfet critique vivement l’équipement existant et invite Avignon à se doter d’une véritable école de natation.

Une installation peu attractive

Le 30 juin 1865, le préfet Bohat revient à la charge et alerte le successeur du maire sur l’éloignement, l’insalubrité et l’incommodité de la « prétendue école de natation ».

Les défauts de ce « bateau hors service », totalement inadapté, justifient selon lui le peu d’attrait pour l’établissement.

Consentir un sacrifice

Il invite la municipalité avignonnaise à consentir un « sacrifice » afin de doter la population d’une véritable école de natation, selon deux modalités au choix : une souscription ou un accord direct avec un entrepreneur.

Il suggère également que la classe ouvrière bénéficie d’un accès gratuit à la baignade le dimanche.

Une recherche d’entrepreneur difficile

L’année suivante, le dossier baignade sécurisée n’est toujours pas clos, comme le rapporte le maire Paul Poncet dans son courrier daté du 1er juin. Il a effectivement pris contact auprès du préfet du Rhône afin d’obtenir « les noms de tous les entrepreneurs de bains froids à Lyon ». Malheureusement, l’unique fournisseur susceptible de faire l’affaire n’a pas daigné répondre.

Or, la saison estivale approche et le maire a peu d’espoir de dégoter semblable perle sur Avignon, « même avec une subvention très considérable ».

Le bateau de bains

Un établissement flottant adopté en 1867

Appel d'offres pour la création d'une école de natation à Avignon, affiche, 1867 (AD Vaucluse 2 O 7/8)

Après plusieurs démarches infructueuses, la construction d’un bateau de bains est finalement adoptée par le conseil municipal.

Un établissement public flottant

Il faut attendre 1867 pour que la construction d’un « bateau de bains semblable à ceux en usage à Paris et à Lyon » soit adoptée en conseil municipal et confiée au sieur Antoine Vantaillat.

L’établissement public flottant devra être doté de 20 à 24 cabines, d’un hangar commun et d’un bassin de 36 m de long et 15 m de large.

Financement et accès au bain

La commune s’engage à verser à l’entrepreneur une première enveloppe d’un montant de 10 000 frs, puis 2 000 frs pour les 5 années suivantes, au terme desquelles elle devient propriétaire de l’établissement.

Le tarif des bains et serviettes est soumis à l’approbation de l’autorité municipale et l’accès au bain devra être gratuit le dimanche, hors cabines particulières.

Apprendre à nager

Des militaires aux piscines municipales

Bains de la piscine Montmartre, affiche, 1890 (Bibliothèque nationale de France, ENT DN-1 (LEVY,Emile)-FT6)

Au XIXe siècle, l’enseignement de la natation concerne d’abord les militaires, avant de gagner progressivement la population scolaire puis les équipements municipaux.

Une pratique d’abord militaire

Au XIXe siècle, l’enseignement de la natation est avant tout dispensé aux militaires. Il faut attendre la fin du siècle pour que la population scolaire reçoive quelques rudiments.

L’apprentissage de la nage se fait à terre : les mouvements s’exercent debout ou à plat ventre sur un tabouret, souvent dans le cadre de cours de gymnastique.

Du fleuve à la piscine

La nage se pratique dans les eaux fluviales ou maritimes, les bains publics étant destinés avant tout à l’hygiène corporelle et à la détente.

Après la Première Guerre mondiale, la France, très en retard sur l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, comptait une petite vingtaine de piscines. L’essor de la natation de compétition et les progrès dans le traitement des eaux vont contribuer au développement des piscines municipales.

Depuis, les piscines privées se sont démocratisées : on en compte dans le pays aujourd’hui plus de 3 millions.

Pour prolonger

Lire sur France Culture : « Histoire de la piscine : comment est née l’histoire de la nage en boîte ».

Vous pouvez aussi interroger les fonds d’archives avec le terme « Rhône » et pêcher ce qui remonte à la surface.