Petite histoire de la bébête à pomme de terre, entomophobe s’abstenir.

La bébête à pomme de terre
L’histoire commence avec Leptinotarsa decemlineata, coléoptère amateur de solanacées, dont l’expansion accompagne celle de la pomme de terre.
Un coléoptère voyageur
L’aventure débute dans la première moitié du XIXe siècle.
Las du climat mexicain, Leptinotarsa decemlineata, à qui on avait refusé la green card, décide néanmoins de passer la frontière pour constater par lui-même si, comme on le dit, la feuille de solanacées est plus verte dans le sud-ouest des États-Unis.
Il faut attendre 1850 et l’introduction de l’appétissante pomme de terre pour que « l’herbidévoreur » prenne durablement racine au pays des cowboys.
Un ravageur des cultures
Outre la défoliation des plants qui entraînent des pertes dans les récoltes, l’insatiable coléoptère peut également transmettre des maladies bactériennes au végétal.
La conquête de l’Europe
Globe-trotter malgré lui, le doryphore gagne l’Europe au début du XXe siècle avant d’être signalé en Vaucluse en 1938.
Le coléoptère américain arrive en France
Gourmet, le coléoptère américain est aussi globe-trotter. C’est ainsi que, n’écoutant que ses élytres de bagnard, il part à la conquête de l’Europe.
Il fait d’abord étape en France, dans le Bordelais vers 1920, pour se répandre partout où l’on cultive la pomme de terre, la tomate et l’aubergine.
Saumane et Joucas, juin 1938
En Vaucluse, Mme la larve, M. l’insecte et toute la progéniture doryphore ont d’abord été vus à Saumane puis à Joucas en juin 1938.
Ces indésirables, objet du clin d’œil, sont au cœur de la lettre circulaire du préfet de Vaucluse destinée aux maires concernés par cette entrée illégale sur leurs territoires.
Elle s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les doryphores en application de l’arrêté du 18 juin 1937, « réglementant les mesures à prendre contre le doryphore de la pomme de terre ».
En effet, stopper la progression de l’ogre minuscule est un enjeu sanitaire.
Lutter contre le doryphore
L’arrêté préfectoral détaille un ensemble de mesures destinées à empêcher la progression du ravageur.
Un train de mesures
Parmi le train de mesures détaillées, il est interdit de détenir et de transporter le doryphore — article 1. Sa présence doit être rapportée aux autorités — article 2.
L’accès aux champs est proscrit — article 3 — et le propriétaire de la parcelle contaminée a l’obligation de replanter à l’identique son champ — article 4.
Identifier et ramasser
Pour éradiquer la population — articles 5 à 11 —, l’agriculteur, qui au préalable s’est assuré de l’identité du nuisible grâce à des fichiers entomologiques appelés « leçons de choses », met sa famille à contribution pour le ramassage du ravageur.
La destruction des insectes, larves et œufs s’opère dans un précieux mélange d’eau et de pétrole. Les champs sont ensuite traités à l’arséniate de plomb — hautement toxique, ce composé est interdit en 1971.
Des sanctions possibles
La présence de grosses larves adultes peut conduire à la destruction complète de la récolte et des fanes, ainsi qu’à la désinfection de la parcelle grâce à des procédés autorisés par la direction des services agricoles.
Tout contrevenant s’expose à des sanctions financières et des peines de prison.
Le fléau persiste
Malgré les moyens employés, le doryphore n’a pas disparu et reste présent dans l’imaginaire documentaire des Archives.
Un insecte toujours présent
Ces moyens de lutte contre le doryphore ont-ils permis d’éradiquer le fléau de la pomme de terre ?
Il n’en est rien, l’insecte est toujours présent.
Il a même colonisé les panneaux didactiques de l’école des Grands Cléments de Villars.









