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"Pour en rendre scavant tous ceux qui le liront…"

Ou les considérations météorologiques d’un notaire valréassien à une époque où il n’était pas encore question de réchauffement climatique.

Les minutes de notaires

Un matériau inépuisable pour l’histoire

Lettre ornée, minute de Simon Martinel notaire à Valréas, 1698 (AD Vaucluse 3 E 71/1011)

Au détour d’un registre notarié de Valréas, Simon Martinel ne consigne pas seulement des actes : il devient le chroniqueur d’un épisode météorologique remarquable.

Des actes, mais aussi des fragments de vie

Depuis le Moyen Âge, chaque acte dressé par l’officier public renferme l’histoire de l’homme dans les aspects divers de sa vie. Par-delà la généalogie, les minutes de notaires sont un matériau inépuisable pour faire l’histoire.

Quant aux actes authentiques les plus récents, ils constituent un instrument juridique exécutoire dont la force probante demeure active.

Derrière l’écrit, l’homme

Or, chaque folio de chaque minute ne renferme pas forcément un prix-fait, un testament, ou une autre transaction car derrière l’écrit il y a l’homme, dans sa singularité, à l’instar de Joseph Simon Martinel.

Ce dernier, notaire à Valréas, a exercé son office de 1668 à 1724.

Dans le registre coté 3 E 71 art. 1011, Simon Martinel, dont on soupçonne une forme de délicatesse au regard des illustrations qui ponctuent les pages, se fait chroniqueur d’une journée remarquable.

Voilà ce qu’il consigne de son écriture parfaitement lisible ce 2 janvier 1698, plus d’un mois après l’épisode.

L’épisode de 1697

Neige, pluie et bise

Le notaire rapporte un épisode brutal survenu les 24 et 25 novembre 1697, lorsque la neige, la pluie et la bise provoquent la rupture des arbres sur plusieurs lieues à la ronde.

Une transcription à conserver

Le texte suivant est la transcription de la mention consignée par Simon Martinel dans son registre. Expectacle arrivée touchant les arbres le 24e novembre et le 25e de l’année 1697

En lizant cecy vous verrez et
scaurez que le vingt quatre du mois de
novembre de la présente année 1697 tumba
extraordinerenment de neige venant
du costé du Rouuergue laquelle resta sur
les arbres ; Et que le lendemain jour de Ste
Catherine feste des escoliers se mist à
pleuvoir et dans le mesme temps la
bize autrement appellée Madame de Bourgonie
se leva, qui fust cause que la pluye fist
glasser la neige tant celle qui estoit sur
terre que celle qui estoit sur les arbres.

Et que la grand pezanteur de la neige
qui s’estoit glassées sur les dits arbres les
rompit tous à vingt lieus la ronde sans
en exempter un seul ; qui fut cauze
aussy que moy soubsigné alay le lendemain
de Ste Catherine aux granges de mon
père qu’il y eust plus de quinze centz
saulmées de bois de chaine blanc ou
d’autre bois tant noyers, agrotiers, seriziers,
plumiers que autres arbres. Voilà ce qui
m’a donné occazion descripre cecy pour en
rendre scavant tous ceux qui le liront
à Vaucluse ce [2e janvier 1698]

S Martinel praticien

Écrire l’événement

La trace écrite comme preuve

En décrivant les effets des intempéries sur le paysage, le notaire documente la saisonnalité, mais aussi le rôle de l’écrit dans la transmission des événements.

Un notaire sensible à ce qu’il observe

Lorsque le notaire Martinel décrit le paysage et les effets des intempéries sur la végétation, il documente la saisonnalité.

Par les termes employés et le style, on décèle un professionnel sensible mais également sûr de sa charge et sa fonction : « S Martinel praticien ».

Il est très certainement conscient du pouvoir que confère la trace écrite : « rendre scavant tous ceux qui le liront ».

Anecdotes, crises et catastrophes

Il n’est pas rare de trouver dans les minutes de notaires comme dans les registres paroissiaux anecdotes et courts articles relatant des incidents — la chute d’une cloche —, des crises sanitaires — épidémie de peste — ou des catastrophes naturelles — tremblement de terre.

Ces récits consignés par des personnes ayant autorité attestent de la survenue des événements et de leur date.

À noter

Les minutes de notaires, dont le département de Vaucluse peut s’enorgueillir d’en conserver plus de 5 km linéaires, sont une formidable ressource documentaire.

Inlassablement consultées, elles ont fait l’objet d’un état des fonds dont la publication est imminente.