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Une cavalcade de charité à Avignon

En cette veille de fête du travail, retour sur un épisode douloureux pour les ouvriers du textile survenu au XIXe siècle.

Une cavalcade solidaire

Avignon, 15 mars 1863

Affiche de l'arrêté municipal annonçant le programme de la cavalcade de la charité organisée au profit des ouvriers du textile, 15 mars 1863

En mars 1863, la mairie d’Avignon sollicite l’autorisation d’organiser une manifestation festive et solidaire au profit des ouvriers du textile au chômage.

Un dossier dans le fonds de la préfecture

Dans le fonds de la préfecture de Vaucluse, un petit dossier porte le titre suivant Cavalcade de charité, Mairie d’Avignon.

Le 11 mars 1863, Paul Pamard, maire d’Avignon, adresse en effet un courrier au préfet de Vaucluse assorti d’un arrêté. Il souhaite obtenir l’autorisation d’organiser une manifestation festive le dimanche 15 mars 1863.

Une affiche à la typographie emphatique

L’affiche monochrome annonçant l’événement insiste avec une emphase typographique sur le mot CAVALCADE, en lettres massives dites égyptiennes. Imprimé en plus petits caractères, on peut lire l’objet du défilé : il est avant tout solidaire puisqu’il se tient au profit des ouvriers du textile au chômage.

S’ensuivent les cinq articles de l’arrêté municipal, incluant notamment le détail du parcours des chars et des cavaliers dans les rues d’Avignon.

Mais qu’est-ce qui, en 1863, provoqua une crise économique chez cette catégorie de travailleurs ?

La famine du coton

Une crise mondiale aux effets locaux

La cavalcade s’inscrit dans le contexte d’une crise cotonnière provoquée par la guerre de Sécession et par la dépendance européenne au coton américain.

Le coton américain au cœur de l’industrie textile

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, toute l’Europe s’approvisionne en coton américain.

En France, le port du Havre reçoit la matière première via les ports britanniques. Le produit brut est ensuite acheminé sur le territoire et transformé dans les manufactures françaises.

La guerre de Sécession et l’effondrement des exportations

Mais le 12 avril 1861, la guerre de Sécession éclate.

Le conflit sur le sol américain entre les États du Nord-Est en voie d’industrialisation, protectionnistes et abolitionnistes, et les États du Sud, esclavagistes et libre-échangistes, provoque un effondrement des exportations de coton.

Des alternatives insuffisantes

Une pénurie qui aura toutefois quelques effets bénéfiques puisqu’elle profitera momentanément à d’autres pays producteurs.

En Algérie, alors colonie française, on promeut la culture du coton. Ailleurs, c’est le coton indien qui profite d’une relance, tandis qu’en Égypte, la production s’intensifie et le commerce se met en place.

Ces alternatives ne suffisent cependant pas à enrayer les conséquences économiques désastreuses sur la main-d’œuvre française : le volume reste insuffisant pour couvrir les besoins.

La mise à l’arrêt de l’industrie cotonnière entraîne la fermeture d’un grand nombre de filatures et provoque parmi la population ouvrière ce que l’on a appelé la famine du coton.

Souscrire pour les ouvriers

Charité publique et absence de protection sociale

Souscription publique d'Avignon

Face à la crise, la générosité publique est sollicitée pour venir en aide aux travailleurs, dans un contexte où la protection sociale n’existe pas encore.

Une mobilisation par souscription

Face à cette crise de grande ampleur, la générosité des Français est sollicitée.

Des souscriptions publiques, comme celle d’Avignon qui aura récolté 5 434 Frs, sont organisées sur le territoire national pour récolter des fonds destinés aux travailleurs, à une époque où la protection sociale est inexistante.

Les bégaiements de l’histoire

Un épisode qui illustre aussi les bégaiements de l’histoire : difficile de ne pas rapprocher cette pénurie de matière première provoquée par un conflit avec notre actualité.

Des effets de la mondialisation dont le terme n’existait pas encore…