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Une grande figure d’enfants-martyrs de la Révolution française

Si Joseph Bara est bien plus connu et surtout mis en valeur par la République car il est mort en se battant pour elle lors des guerres de Vendée en 1793, Agricol Viala est son homologue, figure mythique des partisans de la Terreur. Né le 22 février 1778, il y a un peu moins de 250 ans, le service des Archives vous propose de revivre le mythe.

Viala au berceau

Un jeune Avignonnais né en 1778

Portrait d’Agricol Viala avec sa célèbre hache, Musée Carnavalet, G.9102, 1794

Longtemps associé à des âges contradictoires, Agricol Viala est né à Avignon le 22 février 1778, comme l’atteste son acte de baptême.

Une date de naissance longtemps incertaine

On le dit tantôt âgé de 13 ans, tantôt de 12 ans, voire 11 ans. On l’a longtemps cru né le 22 février 1780. Il a même été un moment confondu avec son frère Mathieu Joseph Pierre, né le 22 septembre 1780, et qui n’avait alors pas 12 ans en juillet 1793. Pourtant, son acte de baptême dans les registres de la paroisse Saint-Agricol d’Avignon, en date du 23 février 1778, nous apprend qu’il est né la veille, le 22 février.

Ainsi, Viala avait 15 ans au moment de sa mort en juillet 1793.

Une famille de marchands revendeurs

Joseph Agricol naît dans une famille de modestes marchands revendeurs dont la boutique est située sur la Grand-Place, comme l’on disait alors, aujourd’hui place de l’Horloge. Son père, François Hilarion, est né le 28 novembre 1744.

Il épouse en premières noces Marie Marguerite Perrin, qui décède en donnant naissance à une enfant mort-née en 1766.Il se marie en 1772 avec Honorade Moureau. Ils ont 10 enfants, dont Joseph Agricol, un des 4 à atteindre l’âge adulte.

La naissance d’une légende

Agricol Moureau, Robespierre et le mythe républicain

La légende de Viala doit beaucoup à son oncle Agricol Moureau, révolutionnaire engagé, rédacteur du Courrier d’Avignon et administrateur du département de Vaucluse en 1793.

Agricol Moureau, premier relais du récit

La légende autour de sa mort, le jeune Viala la doit à son célèbre oncle Agricol Moureau. Ce dernier est un révolutionnaire très engagé, rédacteur du Courrier d’Avignon et administrateur du département de Vaucluse en 1793. C’est lui qui raconte l’acte héroïque de son neveu dans des lettres adressées à Maximilien Robespierre, écrites à partir de son arrestation à la fin de juillet 1793.

En post-scriptum, il dit : "Le nom de mon neveu est Agricol Viala. Il a été le premier martyr de l’unité et de l’indivisibilité de la République."

Robespierre reprend la figure de Viala

Robespierre, touché par cet acte, mentionne la figure de Viala dans son discours à la Convention nationale le 18 floréal an II — 7 mai 1794.

Tout à coup un enfant de treize ans s’élance sur une hache ; il vole au bord du fleuve, et frappe le câble de toute sa force. Plusieurs décharges de mousqueterie sont dirigées contre lui : il continue de frapper à coups redoublés ; enfin, il est atteint d’un coup mortel ; il s’écrie : « Je meurs, cela m’est égal ; c’est pour la liberté. » Il tombe ; il est mort !... Respectable enfant, que la patrie s’enorgueillisse de t’avoir donné le jour !

La mort d’un enfant

Le bac-à-traille de Bonpas

Sculpture réalisée par Louis-Cosme Demaille, « Viala mourant pour la Patrie sur les bords de la Durance, en 1793 », plâtre, 1884, inv 891.16.1.

La mort de Viala s’inscrit dans le contexte des insurrections fédéralistes de 1793 et de la tentative d’empêcher les Marseillais de traverser la Durance.

Avignon face aux insurrections de 1793

Au début du mois de juin 1793, suite à l’arrestation des Girondins à la Convention nationale, de nombreuses villes s’insurgent, comme Lyon, Bordeaux, Nîmes ou Marseille.Avignon, loyale à la Convention, se prépare alors à résister. Pour les Avignonnais, il faut empêcher les Marseillais de traverser la Durance et, pour cela, couper les cordes des bacs à traille.

Le récit héroïque et la réalité des sources

Le jeune Agricol Viala serait passé entre les balles des Marseillais pour atteindre le bac-à-traille de Bonpas afin d’en couper les cordes à la hache. Mais, en réalité, il a péri sans réussir, sous les coups de mousquets marseillais.

Une mention dans le procès-verbal dressé par l’administration de la commune de Noves du 5 juillet 1793 d’un jeune homme décédé au niveau de la barque vers Noves nous amène à penser que Viala serait donc mort la veille de la traversée de la Durance par les Marseillais.

Rovère, dans une lettre à la Convention nationale le 24 juillet 1793, écrit : "Un jeune Avignon de 16 ans a été tué d’un coup de fusil au moment où il allait couper la corde du bac-à-traille." (Archives de Vaucluse, 1 L 345, lettre du 30 juin 1793).

Postérité

Du Chant du départ à la rue Viala

D’abord perçue comme un simple fait de guerre, la mort de Viala est ensuite héroïsée, oubliée, puis reprise par la IIIe République.

Un fait de guerre devenu figure héroïque

Pendant un temps, la mort de Viala est vue comme un simple fait de guerre et non comme un acte héroïque. Viala est définitivement immortalisé dans le Chant du départ de Joseph Chénier, paru le 2 thermidor an II. Puis, pendant 100 ans, il est oublié, car il est associé à Robespierre, figure controversée de la Révolution française.

Le retour du héros républicain

En juin 1888, centenaire de la Révolution, un monument dédié à Viala est en projet. Mais il n’aboutit pas.

En revanche, comme dans d’autres villes, comme Paris, Avignon rendit honneur à son enfant martyr en lui dédiant le nom d’une rue emblématique. Par délibération du 17 août, le Conseil municipal décide que la nouvelle voie qui sera ouverte entre la rue de la République et la place de la Préfecture porte le nom de Viala — Archives de Vaucluse, 4 N 31/GF 1.

C’est ainsi que la IIIe République reprend la figure de son jeune héros de la Révolution.

Pour aller plus loin

Sources et références autour d’Agricol Viala

  • Duhamel, Léopold, dossier de recherches sur Viala, Archives de Vaucluse, 2 F 76.
  • Laval, Victorin, docteur, Joseph-Agricol Viala. Sa naissance, sa mort, sa glorification, dans Mémoires de l’Académie de Vaucluse, 1903, pp. 41-53, 111-154, US VI 3/22.
  • Pansier P., Note sur la mort de Viala, dans Annales d’Avignon et du Comtat Venaissin, tome XI, 1925, pp. 156-163, US VI 25.
  • Duperray Ève et Poinas Bruno, sous la direction de, Mémoires républicaines en Vaucluse, catalogue d’exposition, Le Kremlin-Bicêtre, Mare et Martin, 2021, pp. 62-64, BIBLIO 5234.