A Viens, un cortège en rouge et noir inédit pour le Noël 1782.

Le chaperon consulaire

Portrait de Jean Cabassut, consul de l’année 1619, par Jan de Wesel, tiré de "1000 ans d'histoire de Montpellier en un clic"
En Provence, les consuls portaient un signe honorifique rouge appelé chaperon, distinction de pouvoir et de prestige.
Un manteau rouge, sans Père Noël ni Perrault
En Provence, les consuls étaient revêtus d’un signe honorifique, le chaperon, consistant en une sorte de long manteau à capuche de couleur rouge. N’y voyez point là une quelconque allusion à l’origine du costume du père Noël ou à celui de l’héroïne du conte de Perrault.
Une distinction adaptée aux communautés modestes
Pour les représentants des communautés plus modestes, cette distinction, symbole de pouvoir et de prestige, devenait une sorte de pèlerine en velours ou un simple ornement de tissu rouge porté sur l’épaule gauche. L’autorisation de porter cette distinction n’allait bien sûr pas de soi.
Les consuls, dont la preuve de la moralité était une condition sine qua non, devaient s’acquitter d’un certain nombre de formalités préalables avant de présenter leur requête au Parlement d’Aix.
La démarche de Jacques Carbonel
En 1782, Jacques Carbonel, maire et consul de Viens, engage les démarches nécessaires pour obtenir le droit de porter le chaperon rouge et noir.
Obtenir l’insigne mérité
C’est la démarche qu’entreprend en 1782 le maire et consul de la commune de Viens en Provence, Jacques Carbonel. Et ce ne fut pas une mince affaire pour obtenir l’insigne mérité, comme en témoigne le livre de raison de l’édile dans lequel il a consigné chaque étape.
Du conseil communautaire au marquis d’Alleins
Ainsi, après avoir recueilli l’avis favorable du conseil communautaire, Carbonel, flanqué d’autres administrateurs, se rend auprès du marquis d’Alleins pour officiellement le féliciter de son récent mariage. Ils profitent de cette rencontre pour obtenir subtilement l’assentiment de M. le marquis et de Mme la marquise, sa mère.
Il est quand même invraisemblable que "Les consuls d’un pays aussi considérable que celui-cy ne sont point ornés dans leurs fonctions d’un chaperon […]"
Le marquis en convint. Il invita ses hôtes à réunir l’assemblée afin de délibérer ; il se chargerait ensuite de solliciter l’avis favorable de la Cour.
Une affaire rondement menée
La délibération pour l’obtention de revêtir un chaperon rouge et noir fut votée le 27 octobre 1782. Elle donna lieu à la rédaction d’une requête auprès du Parlement de Provence signée du procureur Constant. Après examen minutieux du dossier, la ratification intervint par décret le 29 novembre 1782.
Noël 1782

Détail sur une page du livre de raison de Jacques Carbonel sur laquelle figure le récit du défilé des consuls pour la Noël 1782 à Viens
L’arrêt arrive à temps pour les fêtes de la Nativité : la Grande Messe de Noël devient l’occasion d’une première apparition publique des consuls ornés de leur chaperon.
Ils ont des chaperons, vive la Provence !
En définitive, l’affaire fut rondement menée et l’arrêt arriva à point nommé à l’approche des fêtes de la Nativité. La « Grande Messe » de Noël offrit aux consuls une occasion à nulle autre pareille de défiler, fièrement ornés, aux sons des fifres et des tambourins.
Une première fois mémorable comme le rapporte Jacques Carbonel dans la transcription ci-après.
La lettre cy dessus et toutes les pieces
Enregistrees cy devant, ensemble des chaperons
Ont été recuës par moy soussigné maire
Premier consul de cette commu de viens
Le 21 Xbre 1782. Et nous avons avec notre
Collegue Joseph Chauvet fait l’ouverture
De la boite qui contenoit le tout, chez
Mr Le prieur jean, procureur général de
Madame La marquise d’allein, Notre tres
Respectable Dame et Baronne de led-lieu
Et nous avons deliberé ensemble de s’en
Revetir pour la pre fois le jour de la Noel
A la Grande Messe. Ce qu’ayant été approuvé
Par tous les plus Notables du Lieu, et Led.
Jour etant arrivé, nous avons fait inviter
Tous les conseilliers de la communauté et tous les
Autres bourgeois du pays, et possedant Bien dans
Le terroir de se rendre a la maison de ville
Pour assister a la ceremonie des premiers chaperons
La clochete ayant passé par le vilage pour
annoncer La Grande Messe, nous nous sommes
rendus a la maison de ville avec notre […]
Et tout de suite, tous les conseillers et autres
Bourgeois et principaux taillables sy sont
Rendus avec un grand empressement. Et
Nous étant ornés pour la premiere fois des
Attribus de la dignité consulaire, nous
sommes partis en corps de commu pour nous
rendre à L’église au bruit de deux tambours
Et d’un fifre ; Toutes les places etoit remplies
Du monde, et chacun a temoigné beaucoup
De joye et de Respect pour cet ornement
Nous nous sommes placés a Notre Banc, et la
Messe finie, le meme cortege nous a accompagné
Chacun a nos maisons, ainsy que M le
Greffier au bruit des meme tambours a la
Suite duquel respectable cortège toutes les
femmes et les enfants du lieu suivoit avec joye
tel a été l’honneur que j’ay eu l’avantage
d’avoir le premier dans le lieu le jour de
La noèl de l’année 1782.
Carbonnel, maire premier consul
De ce lieu de viens en lad année 1782.




