Focus sur une technique de restauration délicate : la remise à plat de parchemins

Le chartrier de Cavaillon, un trésor médiéval entre préservation et accessibilité

Chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)
Comment permettre la consultation d'un document précieux et volumineux, fragilisé par le temps et les manipulations ?
Qu'est-ce qu'un parchemin ?
Peau (de n’importe quel mammifère, mais généralement de chèvre, mouton ou veau) qui après avoir été débarrassée de ses poils et de sa graisse (par divers procédés suivant l’époque et la zone géographique) est séchée sous tension. C’est ce séchage sous tension qui confère au matériau final ses caractéristiques essentielles, finesse, opacité, surface lisse et rigidité, qui en font un support d’écriture idéal au Moyen Âge. Sa surface peut ensuite être poncée pour obtenir plus d’homogénéité et de finesse.
Un document hors norme

Chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)

Opération de mise à plat des 496 parchemins du chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)

Chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)

Chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)
L’art invisible de la restauration

Cédric Lelièvre traite les parchemins du chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)
Où comment intervenir pour prolonger la vie des documents anciens sans altérer leur constitution d'origine ?
Dans l’atelier de restauration de Memento, Cédric Lelièvre présente la technique qu’il a choisie pour le chartrier. Dérelié de sa gangue, le parchemin froissé et raidi par le temps conserve les pliures dues à son conditionnement. La peau doit être assouplie. Une solution : l’humidité. Il n’est bien sûr pas question de le tremper mais de le réhydrater en douceur dans une chambre d’humidification. Le parchemin est ainsi placé sur des fils tendus dans un caisson qui doit assurer autour de 90 % d’humidité, d’où la présence d’un hygromètre et de pièces en bois de cèdre humides. Le processus de réhydratation prend de 24 à 48 h mais selon l’état, il est parfois nécessaire de renouveler l’opération.

Parchemin froissé du chartrier de l'évêché de Cavaillon dont les plis gènent la lecture, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)

Opération de mise à plat des 496 parchemins du chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1) ; ici, chambre d'humidification

Opération de mise à plat des 496 parchemins du chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1) ; ici, sortie d'un parchemin après humidification
Une fois la peau assouplie, la 2e étape consiste à lui redonner sa planéité. Là encore, différentes options selon les dimensions et l’état du document après réhydratation : mise sous tension et/ou aplatissement par légère pression. Certains professionnels se sont équipés d’un appareil particulier : la table d’aspiration, dont le puissant effet de succion plaque le document sur une grille. La technique employée ici est celle de la tension.
Le parchemin humidifié est placé sur une plaque de fer galvanisée, protégée d’un papier buvard. Des pinces avec protection en mousse de polyéthylène équipées de fils tenseurs sont clipsées tout autour du document. Des aimants sont ensuite positionnés sur les fils tenseurs afin de tirer sur le document tout en douceur. Une feuille de plastique pour ralentir le séchage puis du feutre de laine par-dessus pour protéger de la lumière complètent le dispositif. L’action sur le document est maintenue durant une semaine a minima, puis celui-ci est ensuite disposé entre des plaques surmontées de poids durant plusieurs semaines afin de parfaire sa remise à plat.
Une remise à plat controlée

Opération de mise à plat des 496 parchemins du chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)

Opération de mise à plat des 496 parchemins du chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)

Opération de mise à plat des 496 parchemins du chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1)

Opération de mise à plat des 496 parchemins du chartrier de l'évêché de Cavaillon, 1171-1674 (Arch. dép. Vaucluse 4 G 1) ; ici, mise sous presse
La suite ? Ce travail de fond va se poursuivre jusqu’au traitement de l’intégralité des 496 chartes. Elles feront ensuite l’objet d’une numérisation, d’un conditionnement ad hoc et d’un rangement dédié dans les meubles à plans.

Bulle d'un parchemin en attente d'un conditionnement ad hoc

Conditionnement adapté d'une bulle liée à un parchemin
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